mercredi 2 juillet 2014

Eva Joly sur la mise en examen de Nicolas Sarkozy: "il est plus que temps de rendre son indépendance au parquet"

Eva Joly sur la mise en examen de Nicolas Sarkozy: "il est plus que temps de rendre son indépendance au parquet" La mise en examen de Nicolas Sarkozy interroge à la fois la fonction présentielle et sa symbolique, ainsi que la mise en cause des magistrats, accusés par la classe politique -quelques personnalités de l'UMP principalement- d'acharnement sur la personne de l'ex-président. L'ancienne juge d'instruction, Eva Joly, a accepté de répondre à ces questions sur le Huffington Post et de nous livrer son commentaire.



Le Huff Post: Nicolas Sarkozy mis en examen, quelle est votre opinion sur le sujet?

Eva Joly: La Justice française ne fait que son travail. Les présomptions à la charge de l'ancien chef de l'Etat sont fortes. Les délits pour lesquels il vient d'être mis en examen ont été enregistrés en train de se commettre. Ce que je retiens de cette affaire avant toute chose, c'est un mépris grave envers les institutions et le fonctionnement démocratique qui n'est pas tolérable de la part d'un ancien président. Il doit servir la République, pas le contraire.



Qu'est-ce que cette affaire nous apprend sur l'influence des politiques sur la justice?

Ne nous le cachons pas, les coups de téléphone d'hommes politiques à des procureurs dans l'espoir de retarder une procédure ou d'influer une décision judiciaire sont monnaie courante.



Avez-vous connue de telle pratique durant votre vie de magistrate?

À l'époque où j'exerçais en tant que magistrate du siège, je n'ai jamais reçu ce type de coup de téléphone. Mais d'autres, au parquet, auprès du procureur, en recevaient très certainement.



Mais dans cette affaire, cela va bien au-delà. Intervenir auprès des conseillers de la Cour de cassation en dit long sur la déliquescence de notre système. Auparavant, ces avocats généraux étaient les garants d'une certaine idée de la justice. Ils donnaient le "la" du droit, ils créaient la norme, interprétant les différents textes parfois écrits au 19e siècle. Et suscitaient une grande admiration chez les magistrats. Mais depuis une dizaine d'années, la politique de nomination de ces avocats généraux est devenue plus politique, la qualité de leur travail s'est donc amoindrie. Et notre société paie cela aujourd'hui.



Que préconisez-vous pour enrayer ce phénomène?

Cette déconsidération de la séparation des pouvoirs, cet irrespect de l'indépendance de la Cour de cassation relèvent à mon sens d'un même phénomène : l'immaturité démocratique d'un pays qui n'a pas encore coupé le lien entre l'exécutif et la justice. J'en parle régulièrement dans mes livres. La soumission du parquet à l'exécutif est inconcevable dans les pays nordiques.

Tenez, un autre exemple, le cas de Jean Claude Marin. Ce haut magistrat français, procureur général auprès de la Cour de cassation siège en même temps au Conseil Supérieur de la Magistrature qui a la haute main sur la nomination des magistrats du parquet. Comment peut-on concentrer autant de pouvoir entre si peu de mains? C'est parfaitement incongru.



Il est donc plus que temps de procéder à une réforme de la Constitution afin de rendre son indépendance au parquet. François Hollande l'avait annoncé lors de sa campagne présidentielle. C'est une étape indispensable si l'on veut redonner du sens à la promesse d'une République exemplaire.





LIRE AUSSI :

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