mardi 27 mars 2012

Vidéos de Mohamed Merah: peut-on diffuser les images


L'avocat des familles des victimes peut-il empêcher les médias de diffuser les images tournées par Merah de ses meutres?

Dans les locaux d'Al Jazeera au Qatar, en 2011. REUTERS/ Fadi Al-Assaad
- Dans les locaux d'Al Jazeera au Qatar, en 2011. REUTERS/ Fadi Al-Assaad -
La chaîne de télévision Al-Jazeera, qui a reçu ce mardi 27 mars une clé USB contenant les images tournées par Mohamed Merah de ses tueries, a annoncé qu’elle ne les diffuserait pas.
Plus tôt dans la journée, l’avocat de deux familles de victimes maître Klugman avait appelé «tous les médias à ne pas diffuser la vidéo et à respecter leur douleur et leur deuil», ajoutant:
«Nous allons entreprendre tous les moyens judiciaires possibles pour empêcher toute diffusion, et ce pour le respect dû à la dignité des victimes et de leurs familles.»
L’avocat des familles peut-il empêcher les médias de diffuser les images de Mohamed Merah tuant ses victimes? Et a-t-on le droit, en France, de les diffuser?

Le respect de la vie privée des familles

Si les médias diffusent des vidéos où on voit les meurtres des victimes, leurs familles peuvent tout à fait s’opposer à cette diffusion en arguant du droit au respect de leur vie privée, garanti par l’article 9 du code civil qui stipule:
«Les juges peuvent […] prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée: ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé.»
Le référé est une procédure d’urgence au civil où on saisit un juge pour obtenir une décision très rapide (dans les 24 à 48 heures généralement), exécutoire immédiatement.
On aurait alors deux pratiques qui se heurteraient, analyse Maître Caroline Mecary, avocate au barreau de Paris spécialisée dans le droit de la presse: d’un côté la liberté d’information, de l’autre le droit à la vie privée.
La vie privée à respecter ne serait pas ici celle des victimes, décédées, mais celles des familles. L’affaire de la photographie d’Ilan Halimi bâillonné et entravé, pistolet sur la tempe, que le magazine Choc avait publiée en couverture en mai 2009 est un bon exemple d’une situation similaire.
Saisie en référé par la famille d’Ilan Halimi –qui avait assigné le magazine pour «atteinte à l’intimité de la vie privée»la justice avait ordonné le retrait des kiosques du mensuel et des dommages et intérêts à la famille, décision confirmée en appel. La Cour de cassation avait ensuite rendu un arrêt en juillet 2010:
«[…] estimant que la publication de la photographie litigieuse, qui dénotait une recherche de sensationnel, n'était nullement justifiée par les nécessités de l'information, elle en a justement déduit que,contraire à la dignité humaine, elle constituait une atteinte à la mémoire ou au respect dû au mort et dès lors à la vie privée des proches
L’arrêt précisait que la photographie n’était pas justifiée par les nécessités de l’information, note maître Anne Cousin, avocate au barreau de Paris spécialisée dans le droit de l'Internet et des médias,«ce qui veut dire qu’elle pourrait être justifiée» par le droit à l’information dans d’autres cas.
Ce serait probablement ce droit à l’information que le média qui diffuserait les vidéos de Mohamed Merah tenterait d’opposer aux familles. Dans son communiqué expliquant son choix, Al-Jazeera, seule chaîne à avoir pour l’instant visionné les images, écrit notamment qu’elles n’apportent «aucune information qui n’étaient pas encore du domaine public».

A posteriori: justice et CSA

S’il fuite dans la presse ou auprès des familles des victimes qu’une chaîne de télévision compte diffuser les images, leurs avocats peuvent donc empêcher cette diffusion. Si elles n’en entendent pas parler avant, elles peuvent également saisir le juge des référés après diffusion pour empêcher une rediffusion et obtenir des dommages et intérêts.
Mardi matin, le Conseil supérieur de l’audiovisuel avait également «invité les chaînes» à ne pas rendre ces images publiques.
Le CSA explique ne pas intervenir a priori ou visionner les programmes avant diffusion, mais pourrait tout à fait se saisir du cas a posteriori. Toutes les chaînes de télévision signent des conventions avec le CSA. Celles-ci ne sont pas publiques, mais elles se fondent notamment sur la loi relative à la liberté de communication (loi Léotard) de 1986, dont l’article 1 stipule que «la communication au public par voie électronique est libre» mais que cette liberté est limitée entre autres «par le respect de la dignité de la personne humaine».
Le Conseil statuerait et pourrait décider de sanctions, qui vont de la lettre simple au retrait d’autorisation d’émettre (le CSA n’a jamais eu recours à cette sanction, explique-t-on au Conseil), en passant par l’amende ou le communiqué lu à l’antenne notamment.

L'explication bonus: et sur Internet?

Les vidéos pourraient aussi surgir sur internet, sur des sites de partage de vidéo grand public comme YouTube ou Dailymotion, ou des moins connus du grand public (et moins facilement accessibles par les autorités françaises) comme le russe rutube.ru par exemple.
Si elles sont mises en ligne sur Dailymotion, les vidéos seront rapidement enlevées sans même besoin d'une demande judiciaire, nous précisait le 21 mars Giuseppe de Martino, l’un de ses dirigeants (et un de nos chroniqueurs):
«Ce genre de choses est signalé par la communauté, et après c’est notre obligation de réagir promptement. On a des équipes présentes 24h sur 24 pour répondre à ce genre de demandes.»
Ces signalements ressortent d’habitude plus des domaines de la propriété intellectuelle (des bouts d’œuvres mises en ligne sans autorisation par exemple) ou du droit à l’image (une vidéo de quelqu’un filmé à son insu) que du terrorisme ou de tueurs filmant leurs meurtres, note Giuseppe de Martino.
Dailymotion reçoit environ 5 à 6 réquisitions de la justice par mois pour obtenir des adresses IP (dans l’affaire des tueries de Toulouse et de Montauban, les enquêteurs ont déjà demandé des adresses IP au site du Bon Coin, sur lequel la première victime avait déposé une annonce, a priori consultée par le suspect).

L'explication bonus bonus: brouiller les images?

En saluant la décision d'Al-Jazeera, Nicolas Sarkozy a promis d'empêcher une diffusion éventuelle par d'autres chaînes en affirmant:
«Je vous dis tout de suite que si elle devait être détournée par des télévisions appartenant ou proches d'organisations propageant des idées terroristes, nous n'hésiterons pas à faire ce qu'il faut pour empêcher la diffusion du signal
Comment pourrait-il s'y prendre? Seul un Etat a les capacités de brouiller le signal d'une chaîne de télévision, explique FranceTVinfo, vu la taille des antennes nécessaires pour diffuser un signal«suffisamment puissant pour écraser l'original». Mais la méthode est interdite par les lois internationales.
Reste que les exemples de brouillage d'ondes par des Etats sont fréquents, rappelle le site: Al-Jazeera a par exemple affirmé en février 2011 que ses émissions avaient été intérrompues sur un satellite relevant du gouvernement égyptien.
Cécile Dehesdin
L'explication remercie Maître Anne Cousin et Maître Caroline Mecarie.
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France: Al-Jazeera ne diffusera pas la vidéo des meurtres du jihadiste Merah


Le gouvernement a par ailleurs dénoncé mardi les propos du père du jihadiste, Mohamed Benalel Merah, qui avait déclaré la veille au soir à l'AFP qu'il allait porter plainte contre la France "pour avoir tué" son fils.
Le gouvernement a par ailleurs dénoncé mardi les propos du père du jihadiste, Mohamed Benalel Merah, qui avait déclaré la veille au soir à l'AFP qu'il allait porter plainte contre la France "pour avoir tué" son fils.
La chaîne d'information qatarie Al-Jazeera a annoncé mardi qu'elle ne diffuserait pas les vidéos qu'elle a reçues des sept meurtres commis en France par le jihadiste Mohamed Merah.
Les autorités françaises ont par ailleurs réagi avec virulence à la menace "indécente" de plainte contre Paris formulée par le père du jeune jihadiste, tué par la police la semaine dernière après un siège de 32 heures de son appartement à Toulouse.
"Conformément à son code d'éthique et compte tenu du fait que les vidéos n'ajoutent aucune information qui n'est pas déjà du domaine public, Al-Jazeera ne diffusera pas leurs contenus", a expliqué dans un communiqué un porte-parole de la chaîne de télévision qatarie.
Le président français Nicolas Sarkozy qui avait, à l'instar des familles des victimes, demandé à Al-Jazeera de ne pas montrer les images des carnages de Merah a salué la décision "raisonnable" de la chaîne et prévenu que les autorités brouilleraient toute "diffusion" de ces vidéos par une autre chaîne qui posséderait les images.
Latifa Ibn Ziaten, 52 ans, mère d'un des trois soldats tués par le jihadiste, s'est dit "soulagée" en apprenant la décision d'Al-Jazira.
"C'est bien, c'est la bonne décision, c'était la seule décision à prendre, a-t-elle déclaré du Maroc au téléphone à l'AFP.
"Là, tout de suite, je suis soulagée, car c'était l'honneur de mon fils (qui était en jeu). Je ne veux pas que mon fils soit sali", a-t-elle insisté.
"Stocké sur une clé USB", le montage des vidéos des assassinats filmées par Mohamed Merah grâce à une mini caméra sanglée sur lui était contenu dans une enveloppe envoyée au bureau parisien d'Al Jazeera.
Selon une source policière, "il y a une forte présomption" selon laquelle ce n'est pas le tueur en série qui a posté cette enveloppe.
Le tampon postal daté de mercredi ne permet pas en fait de dire d'où et quand il avait été posté. Selon une source syndicale à La Poste, la lettre a bien pu être postée le lundi ou le mardi (soit avant la mort de Merah) ainsi que le mercredi (jour de sa mort).
Selon le chef du bureau de Paris d'Al Jazeera, Zied Tarrouche, les vidéos montrent "toutes les attaques perpétrées à Toulouse et à Montauban dans l'ordre chronologique".
"Il y a eu un mixage de musiques et de chants religieux, des lectures", des récitations de "versets coraniques", a raconté Zied Tarrouche, précisant qu'on entend "les cris des victimes".
Une copie des vidéos a été transmise par la chaîne à la justice.
Le gouvernement français a par ailleurs dénoncé mardi les propos du père du jihadiste, Mohamed Benalel Merah, qui avait déclaré la veille au soir à l'AFP qu'il allait porter plainte contre la France "pour avoir tué" son fils.
Nicolas Sarkozy a fait part de son "indignation", qualifiant le tueur de "monstre", tandis que le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a jugé ces propos "particulièrement odieux, indécents". "Si j'étais le père d'un tel monstre, je me tairais dans la honte", a jugé le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé.
Français d'origine algérienne âgé de 23 ans, au parcours de délinquant reconverti en jihadiste, passé par le Pakistan et l'Afghanistan et se réclamant d'Al-Qaïda, Mohamed Merah a abattu les 11, 15 et 19 mars trois militaires d'origine maghrébine, ainsi que trois écoliers et un enseignant juifs, à Toulouse et Montauban, dans le sud-ouest de la France.
Il a été tué dans un échange de tirs avec la police, qui donnait l'assaut à l'appartement où il était retranché le 22 mars.
Son frère, Abdelkader Merah, connu des services de police pour son engagement de longue date en faveur d'un islam radical, a été mis en examen (inculpé) dimanche par les quatre juges antiterroristes nommés pour instruire cette affaire.

Merah n'était pas un indic', Al-Jazeera ne montrera pas sa vidéo..


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Merah n'était pas un indic', Al-Jazeera ne montrera pas sa vidéo...

Créé le 27-03-2012 à 17h51 - Mis à jour à 19h13      6 réactions

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Capture d'écran d'une vidéo de France 2 montrant le visage de Mohamed Merah (AFP)
Capture d'écran d'une vidéo de France 2 montrant le visage de Mohamed Merah (AFP)
SUR LE MÊME SUJET
- Al-Jazeera a décidé de ne pas diffuser la vidéo des assassinats de Mohamed Merah, qu'elle a reçu, répondant aux suppliques des familles. Pour prévenir d'une potentielle diffusion, le parquet de Paris a décidé d'assigner en référé la chaîne qatarie au nom de "la protection des victimes des tueries". De son côté, Nicolas Sarkozy a ajouté que si les images devaient être "détournées par des télévisions appartenant ou proches d'organisations propageant des idées terroristes, nous n'hésiterons pas à faire ce qu'il faut pour empêcher la diffusion du signal".
- Le père de Mohamed Merah a annoncé son intention deporter plainte contre la France "pour avoir tué" son fils. "La France est un grand pays qui avait les moyens d'arrêter mon fils vivant. Ils auraient pu l'assommer avec du gaz et l'arrêter, ils ont préféré le tuer", ajoute-t-il. Des propos qui ont provoqué "l'indignation" de la classe politique, aussi bien à droite qu'à gauche. Nicolas Sarkozy a souhaité "rappeler à cet homme que son fils avait filmé ses crimes et pris le soin diabolique de faire parvenir ses images ignobles à une chaîne de télévision". Pour François Hollande, le père de Mohamed Merah aurait dû "se taire" : "Nous ne pouvons pas admettre, quel que soit le lien de parenté, qu'une personne puisse mettre en cause l'intervention des forces de sécurité pour mettre hors d'état de nuire celui qui a été un tueur dans des circonstances horribles d'enfants et de militaires".
- Mohamed Merah n'était "ni un indic' de la DCRI, ni d'autres services français ou étrangers", a affirméle chef de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini. Il répondait aux doutes émis depuis hier par différentes sources quant aux relations entre "le tueur au scooter" et les services de renseignement.
- Nicolas Sarkozy a rendu hommage aux forces de l'ordre et dénoncé à nouveau les "polémiques honteuses" qui ont suivi leur intervention et la mort de Mohamed Merah, avant d'annoncer de nouvelles séries de mesures contre les "extrémistes" qui menacent la France. Concernant les mesures annoncées, il déclare qu'il va "faire accélérer les procédures d'expulsion pour motif d'ordre public", y en citant sans autre précision les "extrémistes". Il ajoute que "tous ceux qui ont tenu des propos infâmants contre la France ou contre les valeurs de la République ne seront pas autorisés à entrer dans notre pays".
Et aussi :
- Après la mise en examen de Dominique Strauss-Kahn à Lille pour "proxénétisme aggravé en bande organisée", le candidat socialiste François Hollande a cherché à marquer sa distance avec lui en parlant d'"une affaire privée, pénible mais sur laquelle [il] n'a pas de jugement politique à formuler".
- Le candidat centriste François Bayrou a été pris en défaut sur une mesure de son programme concernant les bourses étudiantes. "Je ne sais pas où vous avez trouvé cette phrase", a-t-il lancé à un journaliste qui lui posait une question sur son programme.
- Au Sénégal, Macky Sall remporte l'élection présidentielle avec 65,80% des voix contre 34,20% pour le président sortant Abdoulaye Wade, selon les résultats officiels.
- En Syrie, le président Bachar al-Assad s'est rendu à Homs, dans le quartier de Baba Amr, pilonné pendant plusieurs semaines par son armée. Le président syrien a assuré aux habitants que cet ex-bastion rebelle, écrasé par la répression, allait être reconstruit.
- Le traité international anti-contrefaçon dit "Acta" sera bien voté en juin prochain par le parlement européen, malgré le recours devant la Cour européenne de justice. Découvrez l'explication de texte du "Nouvel Observateur" : "L'Acta pour les nuls".

Tueries de Toulouse et Montauban: l'enquête se concentre sur la vidéo de Merah


Tueries de Toulouse et Montauban: l'enquête se concentre sur la vidéo de Merah
PARIS — L'enquête sur les tueries de Toulouse et Montauban s'est concentrée mardi sur la vidéo des assassinats de Mohamed Merah, envoyée à la chaîne qatarie Al-Jazeera, qui a répondu aux suppliques des familles de victimes de ne pas la diffuser.
"Conformément à son code d'éthique et compte tenu du fait que les vidéos n'ajoutent aucune information qui n'est pas déjà du domaine public, Al-Jazeera ne diffusera pas leurs contenus", a expliqué un porte-parole de la chaîne.
Les vidéos des assassinats de trois parachutistes, trois enfants et un enseignant juifs, les 11, 15 et 19 mars à Toulouse et Montauban, ont été reçues lundi par la chaîne et remises à la police, qui tente de déterminer qui les a postées.
Dans la matinée de mardi, des sources policières avaient évoqué "une forte présomption" que ce ne soit pas Mohamed Merah, tué le jeudi 22 mars lors de l'assaut du Raid entamé le mercredi 21 à 03H00. Le tueur au scooter avait été localisé le mardi par les enquêteurs et placé sous surveillance.
Mais dans la soirée, une autre source proche de l'enquête s'est montrée moins catégorique : "Personne n'est en mesure de dire que Merah a déposé ou n'a pas déposé ce courrier".
Le tampon de l'envoi ne permet pas de dire avec certitude d'où il a été posté car il s'agit de celui de Castelnau-d'Estrétefonds, à une vingtaine de kilomètres de Toulouse qui abrite une plateforme industrielle de tri pour toute la région Midi-Pyrénées, où sont oblitérés chaque jour 2,7 millions de courriers de sept départements.
Avec l'industrialisation du tri, il est "impossible de revenir au lieu précis" où le courrier a été déposé, explique un responsable régional de La Poste. Sur le parcours du courrier, on estime probable à La Poste que l'oblitération du mercredi signifie qu'il a été déposé dans une boîte après la mi-journée mardi ou plus tard dans un bureau de poste.
Filmées par le tueur au scooter grâce à une mini-caméra sanglée sur lui, les vidéos des assassinats ont été montées et "stockées sur une clé USB". "On voit toutes les attaques perpétrées à Toulouse et à Montauban dans l'ordre chronologique (...) Il y a eu un mixage de musiques et de chants religieux, des lectures, des récitals de versets coraniques", on y entend les "cris des victimes", a décrit sur BFMTV le chef du bureau de Paris d'Al-Jazeera, Zied Tarrouche.
M. Sarkozy a jugé "raisonnable" la décision d'Al-Jazeera de ne pas diffuser cette vidéo. Il avait prévenu : "si elle devait être détournée par des télévisions appartenant ou proches d'organisations propageant des idées terroristes, nous n'hésiterons pas" à brouiller les images.
Avant même la décision d'Al-Jazeera, le parquet de Paris avait annoncé un référé pour interdire la diffusion. Face au tribunal, M. Tarrouche et son avocat, Me Antoine Comte, ont proposé que les copies placées dans un coffre-fort de la chaîne à Paris soient remises à un juge d'instruction. Le tribunal se prononcera mercredi.
"Il y a un communiqué d'Al-Jazeera, mais quelle est sa force, quelle est son autorité ?", s'est inquiété Me Patrick Klugman, un des avocats des familles des quatre personnes tuées le 19 mars dans le collège-lycée juif de Toulouse Ozar Hatorah.
Après avoir supplié en larmes les chaînes de télévision de ne pas diffuser ces images, Latifa Ibn Ziaten, 52 ans, mère de la première victime de Merah, s'est dite "soulagée".
Parallèlement, Nicolas Sarkozy, rejoint par François Hollande, s'est insurgé des propos du père de Mohamed Merah, Mohamed Benalel Merah, qui menace la France d'une plainte "pour avoir tué" son fils. "Je veux rappeler à cet homme que son fils avait filmé ses crimes et pris le soin diabolique de faire parvenir ses images ignobles à une chaîne de télévision", a déclaré le chef de l'Etat.
"Si j'étais le père d'un tel monstre, je me tairais dans la honte", a jugé le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé. "Odieux", "indécent", a renchéri le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant. Pour François Hollande, le père de Merah "n'avait qu'une chose à faire, c'est se taire".
Cet homme de 70 ans a fait de la prison en France pour trafic de drogue, selon l'avocat du tueur au scooter, Me Christian Etelin.
La candidate FN à l'Elysée Marine Le Pen a réclamé mardi à Nicolas Sarkozy "toute la vérité" sur "les multiples zones d'ombre" dans cette affaire.
Outre l'identification de la personne qui a posté les vidéos, les enquêteurs étudient la piste d'un "troisième homme" qui pourrait être impliqué dans le vol, le 6 mars, du scooter dont s'est servi Mohamed Merah lors des trois tueries.
Le frère de Merah, Abdelkader Merah, 29 ans, est détenu à Fresnes, notamment soupçonné de complicité d'assassinat, ce qu'il nie.
Les enquêteurs continuent de privilégier la thèse d'un acte isolé de Mohamed Merah avec éventuellement la complicité de son entourage proche.
Partagée sur le lieu de son inhumation, la famille du tueur a décidé de demander le transfert de son corps en Algérie, selon un responsable religieux.

Al-Jazira renonce à diffuser les vidéos des tueries


Par Europe1.fr avec agences
Publié le 27 mars 2012 à 12h52Mis à jour le 27 mars 2012 à 20h43
     
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Al-Jazira, logo © REUTERS
La chaîne qatarie a décidé ne pas montrer la vidéo des assassinats de Mohamed Merah.
La chaîne de télévision qatarie Al-Jazira, le parquet et les familles de victimes se sont accordées mardi devant le tribunal de Paris pour que la chaîne ne diffuse pas la vidéo des assassinats commis par Mohamed Merah et remette à la justice les copies dont elle dispose. Dans l'après-midi, le parquet de Paris avait assigné la chaîne en référé afin de l'empêcher de diffuser ce montage qu'elle a reçu lundi par courrier.
Quelques heures plus tôt, Al-Jazira avait finalement décidé de ne pas diffuser les images de l'horreur. En possession du montage vidéo de 25 minutes des images tournées par Mohamed Merah lors des tueries de Toulouse et Montauban, la chaîne qatarie a annoncé mardi en début d'après midi qu'elle s'engageait à ne pas la diffuser.
"Conformément à son code d'éthique et compte tenu du fait que les vidéos n'ajoutent aucune information qui n'est pas déjà du domaine public, Al-Jazeera ne diffusera pas leurs contenus", a expliqué dans un communiqué un porte-parole de la chaîne. Al-Jazira clôt ainsi la polémique née après que la chaîne a révélé mardi avoir reçu lundi une clé USB par voie postale contenant le fameux montage vidéo.

Décision prise au Qatar

"On voit toutes les attaques perpétrées à Toulouse et à Montauban dans l'ordre chronologique, c'est-à-dire l'assassinat du premier soldat, après les trois soldats et enfin l'attaque de l'école (...) Il y a eu un mixage de musiques et de chants religieux, des lectures, des récitals de versets coraniques. En montant les coups de feu au moment des assassinats, on entend les voix de cette personne qui a commis les assassinats. On entend aussi les cris des victimes et les voix ont été déformées", a expliqué le chef du bureau parisien d'Al-Jazira.
Le chef du bureau de Paris d'Al-Jazira avait expliqué mardi sur Europe 1que la décision de diffuser ou non les vidéos était une "question de déontologie" qui serait tranchée "au Qatar" en début d'après-midi.

Les copies remises à la justice

Au tribunal, Zied Tarrouche, directeur d'Al-Jazira France, a proposé que les copies des vidéos, placées dans un coffre-fort de la chaîne à Paris,soient remises à un juge d'instruction. "Je ne voudrais pas qu'on ajoute l'horreur du spectacle à l'horreur des faits", a expliqué Me Antoine Comte, avocat de la chaîne.
"Nous ne sommes pas opposés à cette solution", a acquiescé Me Lef Forster, l'un des avocats des familles.

L'appel de Nicolas Sarkozy

Plus tôt, Nicolas Sarkozy avait condamné toute diffusion de ces images. "Je demande aux responsables de toutes les chaînes de télévisions qui auraient ces images en leur possession de ne les diffuser sous aucun prétexte". C'est l'appel lancé mardi Nicolas Sarkozy depuis l'Elysée au sujet des vidéos tournées par Mohammed Merah lors des tueries.
Peu avant l'appel du chef de l'Etat, le CSA avait également invité les chaînes à ne pas diffuser les vidéos. De son côté, Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères s'est prononcé "bien sûr" contre une telle diffusion. "Je pense que cette incitation, sur des cerveaux souvent dérangés ou fragiles, à la violence, au meurtre, est tout à fait détestable", a-t-il indiqué mardi matin sur Radio Classique. François Hollande a pour sa part adressé une mise en garde appuyée à Al-Jazira contre une diffusion des tueries de Mohamed Merah, qui serait "extrêmement grave" et qui nécessiterait des "décisions à prendre" envers le Qatar et la chaîne.

L'appel des familles des victimes

Ces vidéos suscitent aussi l'émoi des familles des victimes. Latifa Ibn Ziaten, la mère du premier parachutiste tué par Mohamed Merah, en larmes, a imploré mardi la chaîne Al-Jazira de ne pas diffuser les images filmées par Mohammed Merah. "C'est mon fils qui est mort, un enfant de 30 ans. Et on veut le montrer comme si c'était un film. S'il vous plaît, je ne veux pas voir ça", a-t-elle déclaré.
Pour sa part, l'oncle d'Aaron Bijaoui, grièvement blessé lors de l'attaque du groupe scolaire juif Ozar Hatorah, s'est dit "choqué" et "révolté" par l'éventualité d'une diffusion. "Ca n'a aucun intérêt si ce n'est de choquer les gens et de leur faire du mal", a-t-il dit. "Si jamais on les diffuse, (Mohamed Merah) aura gagné jusqu'au bout", a-t-il jugé.
La famille de Jonathan Sandler, assassiné avec ses deux enfants par Mohamed Merah le 19 mars, a également appelé les médias à ne pas diffuser le montage vidéo. "Nous allons entreprendre tous les moyens judiciaires possibles pour empêcher toute diffusion", a affirmé leur avocat.

Les chaînes de télé s'engagent

Du côté des chaînes de télévision, intéressées au premier chef, France 2, TF1, Canal+ et les chaînes d'information en continu (LCI, BFM TV, i-Télé et France 24) ont d'ores et déjà annoncé qu'elles ne diffuseraient pas les vidéos en question, quelle que soit la décision prise en dernier ressort par Al-Jazira.
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