dimanche 29 juillet 2012

Le film qui énerve les Républicains


201207281.0.997114613tournage_us
Le 17 mars à Chandigarh, au nord de l'Inde, sur le tournage du film de Kathryn Bigelow. Photo : Ajay Verma/Reuters | REUTERS / AJAY VERMA

Ce soir, je suis en mesure d'annoncer aux Américains et au monde que les Etats-Unis ont mené une opération qui a tué Oussama Ben Laden, le dirigeant d'Al-Qaida." C'était le 1er mai 2011. Lors d'une allocution télévisée, Barack Obama rendait publique l'élimination du "terroriste responsable du meurtre de milliers d'innocents". Le soir même, Kathryn Bigelow s'attaque à la réécriture du script sur lequel elle travaille depuis trois ans. Le scénario originel racontait l'échec des troupes américaines à capturer Ben Laden après les attentats du 11-Septembre 2001. Changement de programme : la réalisatrice de Point Break et de Démineurs racontera le raid des 23 membres du commando de Navy Seal (forces spéciales appartenant à la marine) sur la propriété d'Abbottabad, au nord d'Islamabad, auPakistan. Au casting, deux stars montantes: l'Australien Joel Edgerton et l'Américaine Jessica Chastain.

Pour les adversaires de Barack Obama, un film mettant en scène - juste avant le scrutin présidentiel du 6 novembre - le succès politique que constitue l'opération contre Oussama Ben Laden s'apparente à un coup dur. A peine ont-ils eu vent du projet que les Républicains ont crié au scandale, accusant la Maison Blanche d'avoir fourni des documents "secret défense" à la réalisatrice et organisé des rencontres entre son scénariste, Mark Boal, et le Pentagone. Une enquête a été ouverte et Leon Panetta, le secrétaire américain à la défense, a dû s'expliquer. Kathryn Bigelow refuse le procès en récupération. "C'est un triomphe américain, héroïque et non partisan, et rien ne permet de suggérer que notre film racontera cette grande victoire autrement", a-t-elle déclaré. Sony a toutefois décidé de décaler la sortie, prévue mi-octobre, au 19 décembre. Mais Hollywood n'a pas dit son dernier mot. Harvey Weinstein, poids lourd du cinéma américain et ardent partisan du Parti démocrate - il a levé des fonds pour la campagne de Barack Obama -, a acheté les droits de distribution aux Etats-Unis d'un deuxième projet cinématographique, Nom de code : Geronimo, l'intitulé de l'opération menée contre Ben Laden. Le film, au budget plus modeste, devrait sortir vers la fin septembre.
Convaincus d'être persécutés, les Républicains accusent aussi Hollywood d'adresser des messages subliminaux. Ainsi, l'animateur de radio ultraconservateur Rush Limbaugh a reproché au réalisateur Christopher Nolan d'avoir appelé Bane l'ennemi de Batman dans The Dark Knight Rises, sorti aux Etats-Unis le 16 juillet. Une allusion, soutient-il, à la récente controverse autour de Bain Capital, fonds d'investissement jadis dirigé par Mitt Romney, le candidat républicain à la Maison Blanche. Pas sûr pourtant que le parti de l'éléphant doive vraiment s'inquiéter. En 2004, Fahrenheit 9/11, le documentaire de Michael Moore dénonçant les guerres d'Irak et d'Afghanistan, a fait un carton au box-office sans empêcher la réélection de George W. Bush.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...