samedi 28 juillet 2012

Guéant : «Valls va porter atteinte à la cohésion sociale»


Pour Claude Guéant, le texte que prépare Manuel Valls sur les critères de la régularisation des étrangers en situation clandestine «aura pour conséquence de créer des droits pour des personnes qui ont violé la loi».
Pour Claude Guéant, le texte que prépare Manuel Valls sur les critères de la régularisation des étrangers en situation clandestine «aura pour conséquence de créer des droits pour des personnes qui ont violé la loi». Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/JC MARMARA/LE FIGARO

INTERVIEW - Pour l'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant, la ligne politique du gouvernement se résume à annuler ce qui a été fait sous Sarkozy.

LE FIGARO. - Comment réagissez-vous aux déclarations de votre successeur au ministère de l'Intérieur, Manuel Valls?
Claude GUÉANT. - La ligne de la politique mise en œuvre par le gouvernement Ayrault semble se résumer à annuler ce qui a été fait sous la présidence de Nicolas Sarkozy, fût-ce au détriment des intérêts fondamentaux de notre pays. Nous avons pu le constater, ces deux dernières semaines, en matière économique: les mesures adoptées dans le collectif budgétaire n'ont pour résultat que de diminuer les revenus des Français et de ré­duire la compétitivité des entreprises, alors qu'au contraire il conviendrait de stimuler et la consommation et la productivité française. En ce qui concerne l'immigration, et singulièrement le volet naturalisation, les mesures que préconise Manuel Valls sont de na­ture à porter gravement atteinte à la cohésion sociale, alors même que le gouvernement socialiste lui-même ne cesse de proclamer sa volonté de rassembler le pays.
Dans quel état d'esprit aviez-vous établi en 2011 de nouveaux critères d'accès à la naturalisation pour les étrangers?
Notre politique avait un objet et un seul: faire en sorte que les naturalisations soient des succès et que les nouveaux Français soient reconnus sans aucune réserve comme des Français à part entière qu'ils sont. Devenir français, ce n'est pas le début d'un parcours, c'est l'aboutissement d'une intégration, comme d'ailleurs Manuel Valls le reconnaît. Nous avions établi trois nouvelles conditions: la première, en vigueur depuis le 1er janvier 2012, faire preuve d'un minimum de connaissance de la langue française. C'est le niveau correspondant à la fin de la scolarité obligatoire (la troisième). C'est le critère retenu par l'ensemble des pays européens et d'autres comme le Canada. La deuxième mesure, applicable depuis le 1er juillet, consistait à demander une connaissance minimale de notre histoire, de nos institutions, de notre culture, sous forme d'un QCM (questionnaire à choix multiple). Là encore, cela me semble absolument normal et de bon sens qu'un Français connaisse les grands principes de la société dans laquelle il vit. Ce QCM a été testé pendant plusieurs mois et il ne correspond en rien à la description qu'en fait Manuel Valls. Enfin, il y a une troi­sième mesure, qui consistait à faire signer par les nouveaux Français une «charte des droits et des devoirs» des citoyens, lors d'un entretien d'assimilation.
La remise en cause de ces mesures est-elle le signal d'un assouplissement
de la politique d'immigration?

Je serais très choqué que le gouvernement veuille revenir sur ces trois me­sures qui n'ont pour objet que de garantir la cohésion de notre pays. Je crois malheureusement que c'est un signal parmi beaucoup d'autres. Au Sénat, Manuel Valls a confirmé qu'il allait revoir les critères de la régularisation des étrangers en situation clandestine. Le texte que prépare le ministre aura à l'évidence pour conséquence de créer des droits pour des personnes qui ont violé la loi. Ce qui pose problème. Il indique qu'un des critères pourrait être celui de la scolarisation des enfants.
Or tous les enfants étrangers, quelle que soit la régularité du séjour de leurs parents, sont accueillis dans nos écoles. Cela signifie qu'il suffirait d'avoir des enfants pour avoir un droit définitif au séjour. Manuel Valls dit aussi que le fait de travailler clandestinement pourrait donner droit au séjour. Autant dire que plus on est irrégulier, plus on enfreint la loi, plus on aurait droit au séjour. Je laisse les Français juger! J'ajoute que la création du forfait de 30 euros pour l'accès à l'aide médicale d'État (AME) avait pour objectif de mettre fin à une anomalie: le plus pauvre des Français doit cotiser un minimum alors qu'un étranger clandestin pouvait être soigné gratuitement. Le gouvernement remet en vigueur cette injustice.
Quelle idéologie sous-tend ce changement de cap?
Le trait commun de toutes ces mesures, on le trouve dans les publications de l'association Terra Nova, qui sert de laboratoire d'idées au PS. Ces publications disent que la classe ouvrière est devenue ringarde et conservatrice et qu'elle doit être, en tant que clientèle électorale, abandonnée par la gauche. Avec un total cynisme, ces publications affirment que puisque les personnes issues de l'immigration votent à 75% pour la gauche, la nouvelle clientèle électorale à cultiver pour le PS doit désormais être celle des personnes issues de l'immigration. Par conséquent, il faut augmenter l'immigration! La droite n'est pas contre l'immigration, mais elle veut maîtriser les flux migratoires afin que ceux qui sont légalement accueillis dans notre pays s'y sentent à l'aise et y réussissent. En revanche, favoriser une immigration incontrôlée pour des motifs politiciens présente de grands dangers pour la cohésion sociale et pour la préservation des valeurs de la Répu­blique.
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