mercredi 4 avril 2012

Tarnac : le juge Fragnoli obtient son dessaisissement



LE MONDE | 
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Ultime pied de nez d'un magistrat à la personnalité singulière, ou aveu d'échec après trois ans et demi d'instruction : comme souvent dans l'affaire de Tarnac, les interprétations vont s'affronter. Selon nos informations, Thierry Fragnoli, le principal magistrat instructeur, a obtenu d'être dessaisi du dossier. "En substance, il dit aux avocats : 'Puisque vous dites que je personnalise, je vous laisse seuls face au dossier, et on verra bien s'il tient'", estime une source proche de l'enquête. Contacté, le juge Fragnoli n'a pas souhaité commenter.
Thierry Fragnoli est co-saisi de l'affaire depuis novembre 2008, avec Yves Jannieret Edmond Brunaud. Ce dernier est parti en 2011. Le dossier va donc échoir au seul Yves Jannier. Mais celui-ci doit quitter le pôle antiterroriste du tribunal de Paris pour Pontoise dans les prochains jours. De nouveaux magistrats vont donc clôturer une instruction qui est presque bouclée.
"RAS-LE-BOL"
Dans ce dossier, dix personnes rangées par les enquêteurs dans la mouvance"anarcho-autonome" sont mises en examen pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte terroriste". Julien Coupat, considéré comme le leader du groupe, est mis en cause pour "direction ou organisation d'un groupement formé en vue de la préparation d'un acte terroriste". Ces jeunes gens, qui évoluent autour du petit village de Tarnac (Corrèze), sont soupçonnés d'avoirposé des crochets métalliques sur des caténaires pour désorganiser les lignes de la SNCF, en octobre et en novembre 2008.
Selon une source proche du dossier, c'est un "ras-le-bol" face à la relance de la stratégie offensive des avocats du groupe, notamment Me Jérémie Assous et MeThierry Lévy, à l'approche de la fin de l'instruction, qui est à l'origine de la décision du juge Fragnoli. Le magistrat "n'imaginait pas que les attaques allaient reprendreà ce point-là", après plusieurs mois d'accalmie, estime cette source. "Nous ne sommes pas des hommes politiques, nous ne sommes pas paramétrés pour ça, rappelle un juge d'instruction. Et nous ne sommes pas payés pour ça." D'autant plus qu'avec le départ programmé de M. Jannier, M. Fragnoli allait se retrouverseul.
Le 16 mars, les défenseurs ont déposé une requête aux fins de récusation du juge, annoncée par une double page dans Libération. Ils estiment que "M. Fragnoli a cessé d'être un magistrat impartial". Dans leur viseur, un e-mail du juge à quelques journalistes révélé par Le Canard enchaîné le 14 mars, et les entretiens accordés par le magistrat au journaliste David Dufresne, publiés dans son livreTarnac -Magasin général (Calmann-Lévy, 500 p., 20 euros), début mars.
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