mardi 20 mars 2012

Tuerie de Toulouse : la presse internationale entre choc et interrogation


Si la presse israélienne fustige l'antisémitisme, certains titres évoquent un climat politique "fiévreux" en France. 

 
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La Une du New York Times mardi 20 mars. (DR)
La Une du New York Times mardi 20 mars. (DR)
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La presse israélienne et internationale revient largement, mardi 20 mars, sur la tuerie de Toulouse qui a tué quatre personnes de la communauté juive, dont trois enfants, quelques jours à peine après l'assassinat de trois militaires dans la même ville et à Montauban.

En Israël, entre choc et indignation

En Israël d'abord, où la presse apporte son soutien à la communauté juive de France tout en fustigeant l'antisémitisme qui gagne de plus en plus l'Europe. Plusieurs titres soulignent que le sort des juifs de la diaspora et d'Israël est lié. Le conservateur "Jerusalem post" se montre inquiétant estimant que cette attaque "ajoute au sentiment de vulnérabilité des juifs d'Europe" dans un édito intitulé "Protéger les juifs de France". "Depuis les années 2000, les juifs de France sont victimes d'attaques sans précédent depuis l'Holocauste. La grande majorité de ces crimes haineux ont été perpétrés par des immigrés arabes qui protestaient contre ce qu'ils considéraient comme des agressions israéliennes dirigées contre les Palestiniens", souligne le journal. Ce dernier rappelle également que le tueur a également ciblé des militaires originaires d'Afrique du nord et des Antilles.
Le quotidien de gauche "Haaretz" titre lui sur le choc qui s'est propagé dans la communauté juive de France et rapporte les propos du porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Yigal Palmor, qui dit faire "confiance aux autorités françaises pour résoudre ce crime et traduire les responsables devant la justice". Le quotidien relève: "Beaucoup pensaient qu'après l'Holocauste et l'occupation nazie, les enfants français ne seraient plus jamais tués de sang froid à cause de leur religion. Et pourtant, c'est précisément ce qui s'est passé à Toulouse".
A propos de la campagne présidentielle en France, ce journal affirme qu'il est "encore trop tôt pour prévoir précisément comment cette tragédie va affecter l'élection, mais elle devrait avoir une certaine influence".
Le "Haaretz" publie aussi en une un éditorial signé par le philosophe français Bernard-Henry Lévy sous le titre" Un crime contre la nation française".
Pour Dan Margalit, éditorialiste du quotidien gratuit "Israel Hayom", "le blanc et bleu (la couleur du drapeau israélien) s'identifie avec le sang juif partout dans le monde". "Désormais les juifs français vont se réveiller, certains vont acheter des appartements qui resteront vides en Israël, d'autres qui pensaient déjà déménager en Israël vont émigrer", prédit-il. "D'autres vont investir pour renforcer la sécurité autour des écoles et des institutions juives. Ces mesures resteront en place quelques mois, et ensuite pour des raisons budgétaires et à la suite d'un calme illusoire, elles seront réduites jusqu'à la prochaine attaque terroriste", avertit ce quotidien proche du gouvernement Netanyahu.
L'ambassadeur de France en Israël, Christophe Bigot, signe pour sa part un article dans le même Israel Hayom qui évoque "une catastrophe nationale". "Nous ne cèderons pas au terrorisme. (...) Croyez bien que la France est déterminée plus que jamais à poursuivre les meurtriers et les traduire en justice", a plaidé l'ambassadeur.
Dans le quotidien "Maariv", Ben-Dror Yemini, un éditorialiste de droite, dénonce l'apathie des institutions internationales et "le soutien dont cette haine bénéficie" dans la société. "Il y a une étrange convergence, particulièrement en France, entre l'extrême-droite, l'extrême-gauche et le Jihad mondial (partisans de la "Guerre sainte" islamiste NDLR) autour de la haine d'Israël et des juifs".

En Europe, on craint de nouveaux Breivik

La presse européenne s'interrogeait sur les mobiles du crime et sur l'impact de cet événement sur la campagne présidentielle en cours.
Sous le titre de une le "tueur fou tétanise la campagne", "Le Soir(Belgique) estime que "la poursuite de la campagne sera extrêmement difficile à gérer car elle est désormais soumise à la menace d'une nouvelle tuerie, à tout moment, en tout lieu et sur n'importe quelle cible". Pour le quotidien bruxellois, "cela sera d'autant plus délicat pour Nicolas Sarkozy, le président en exercice, chantre de la sécurité et de l'efficacité policière".
"La Libre Belgique", qui titre en une "La France meurtrie", juge elle aussi que "l'insécurité, thème absent de la campagne jusqu'à présent, pourrait s'imposer", alors que "De Morgen" (Belgique), plus politique, assure que "la France craint la 'terreur nazie' après un bain de sang dans une école"
La "Frankfurter Allgemeine Zeitung" met la série d'assassinats sur le compte d'un "milieu meurtrier" et "islamiste" motivé par une opposition à l'engagement militaire français en Libye et l'antisémitisme.
"Concernant l'antisémitisme en France, il y a eu un enchaînement d'événements ces dernières années", rappelle le journal conservateur allemand. "Il est temps que la politique cesse de minorer ce type d'incidents", ajoute la FAZ.
"Personne ne doit croire que l'Allemagne est immunisée contre de tels crimes", prévient de son côté "Die Welt", se demandant s'il s'agit d'"un événement français" ou s'il concerne toute l'Europe et suggérant à l'Allemagne de mettre le drapeau en berne.
Le quotidien autrichien "Die Presse" fait sa une sur la menace terroriste en Europe et "la peur des loups solitaires", individus isolés, planifiant et menant seuls des actes terroristes. Le quotidien rappelle notamment Anders Breivik, qui a tué 77 personnes en Norvège en juillet dernier.
Le quotidien populaire autrichien "Kurier" cite l'antisémitisme et la présence française en Afghanistan comme possibles motifs et rappelle que la France est le pays européen à la plus forte population juive et musulmane.
Le quotidien tchèque "Lidove Noviny" évoque aussi le parallèle norvégien, jugeant que "la France a aussi son Breivik", tandis que pour le polonais "Gazeta Wyborcza" (centre-gauche) "cet attentat peut faire de la violence l'un des principaux thèmes de la campagne présidentielle, dominée jusqu'ici par l'économie et les problèmes de l'immigration".
"Le killer qui angoisse la France", titre en une le plus grand tirage italien, "Corriere della Sera", qui évoque, comme les autres journaux de la péninsule, la piste néo-nazie, publiant la photo de militaires "expulsés de l'armée française après une ignoble photo (les représentant) enveloppés dans un drapeau avec la croix gammée, le bras tenu dans un salut nazi, le crâne rasé".
"La Stampa" (modéré, groupe Fiat) évoque la même piste, tout comme "La Repubblica" (gauche), qui publie également un texte de l'écrivain français d'origine polonaise, Marek Halter, qui dénonce une "Europe antisémite".
Au Portugal,"Publico", quotidien de référence, se demande si "les balles venues d'un assassin inconnu" ne seraient pas "l'écho incommensurable de cette dangereuse aventure" que représente "le discours anti-immigrants enflammé" du président Nicolas Sarkozy dans la campagne électorale et appelle la France à "tirer les leçons de cette tragédie sanglante".
"La France a réagi comme il lui était exigé: condamnation totale, qui a uni les candidats présidentiels. Même Marine Le Pen a été implacable", affirme en revanche son concurrent "Diario de Noticias".
Analyse politique aussi à Londres, où le "Times" (proche des conservateurs au pouvoir) juge que si "personne ne fait de lien entre les meurtres à Toulouse et Montauban et la campagne présidentielle, l'entrée du thème racial dans l'élection a laissé un avant-goût extrêmement mauvais".
"La France pourrait être forcée de faire baisser la température sur le climat politique fiévreux", estime aussi le "Daily Telegraph" (proche des conservateurs), tandis qu'un commentaire dans le"Guardian" (proche de l'opposition travailliste) juge que "les meurtres de Toulouse ont été perpétrés à une période où les hommes politiques français utilisent le langage de la haine".
"La France sous le choc après un acte barbare", titre le quotidien populaire néerlandais "AD". "La France sous l'emprise de la barbarie" pour son homologue chrétien "Trouw".
En Russie, "Komsomolskaïa Pravda" juge que "la connotation religieuse évidente du crime commis dans l'école, et les attaques contre des militaires, incitent à penser à la vengeance de fanatiques pour la participation de Paris à des interventions armées en Libye, en Afghanistan, et maintenant en Syrie" ce qui pourrait selon le quotidien populaire mettre en difficulté Nicolas Sarkozy.

La Turquie vise directement Nicolas Sarkozy

Les assassinats en série perpétrés sont le résultat de "la politique d'ostracisme" menée par le président Nicolas Sarkozy à l'égard des minorités, accuse un journal pro-gouvernemental turc. "L'attaque contre les enfants juifs en France est le prix élevé à payer pour la politique d'ostracisme que le président Nicolas Sarkozy mène depuis des années", écrit l'éditorialiste Ergun Babahan, dans le quotidien "Today's Zaman".
"Lorsque les dirigeants politiques mettent devant les yeux du taureau l'image de ceux qui diffèrent de la majorité, la violence monte", ajoute le journal de langue anglaise.
"La France vaut mieux qu'un président qui fait de son mieux pour bloquer l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et qui voit dans les musulmans une menace sur la civilisation" occidentale, écrit l'éditorialiste. "La France doit considérer cette attaque sanglante contre des enfants juifs comme une alerte", poursuit le quotidien.
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