mardi 20 mars 2012

A Toulouse, «une vraie peur dans la population»


Devant le collège-lycée Ozar-Hatorah, le 20 mars.
Devant le collège-lycée Ozar-Hatorah, le 20 mars. (Photo Philippe Desmazes. AFP)
Par SYLVAIN MOUILLARD envoyé spécial à Toulouse
C'est une première. Le niveau «écarlate» du plan Vigipirate – le plus élevé avant l'application de mesures d'exception prévues par la Constitution de 1958 – a été activé dans la région Midi-Pyrénées et les départements de l'Aude et du Lot-et-Garonne. Au lendemain de la tuerie dans l'école juive Ozar-Hatorah, qui a coûté la vie à 4 personnes, Toulouse vit désormais avec des mesures de sécurité largement renforcées. Les policiers municipaux ont été réarmés, des patrouilles sillonnent les points névralgiques de la ville. Dans les rues, le métro, ou même à la gare SNCF Toulouse Matabiau, leur présence reste assez discrète. «De toute façon, ce matin, les transports en commun étaient moins remplis que d'habitude», juge Annie, prof d'allemand.
C'est aux abords des écoles et des lieux de culte que les forces de l'ordre sont les plus visibles. Rue Riquet, en face de l'Espace du judaïsme Maurice-Grynfogel, ce sont pas moins de quatre fourgonnettes de CRS qui veillent. A l'intérieur du bâtiment, le vigile reste perplexe : «Nous sommes quatre agents de sécurité en temps normal. Et on avait déjà alerté sur des tags ou des insultes antisémites, explique-t-il. Mais là, comme on a franchi un cap dans la connerie humaine, on nous envoie tout le cirque...»

«A la rencontre des patrouilles»

Arrivé à Toulouse lundi à la mi-journée, le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, a passé la nuit sur place. Hier soir, il a inspecté le dispositif de sécurité (5 unités de CRS et de gardes mobiles ont été mises en place à Toulouse, 14 unités dans la région). Rebelote ce mardi matin, avec une visite express dans le magasin Monoprix et les Galeries Lafayette du centre-ville, à deux pas de la place du Capitole. «Le ministre est allé à la rencontre des patrouilles Vigipirate», explique-t-on Place Bauveau. Outre les écoles et les synagogues, les mosquées de la ville devraient aussi faire l'objet d'une protection accrue.
Peu après cette visite de terrain, le ministre de l'Intérieur s'est rendu dans une école juive toulousaine où, à 11 heures, il a rendu hommage aux victimes de la fusillade lors d'une minute de silence. Il a ensuite pris la direction de l'école Ozar-Hatorah, qui fait toujours l'objet d'une très importante surveillance policière. L'ensemble du quartier est bouclé par les forces de l'ordre et rendu inaccessible aux journalistes. L'objectif : préserver les familles des victimes, qui ont veillé les corps des défunts toute la nuit, mais aussi continuer l'enquête de voisinage afin de recueillir d'éventuels indices sur le tueur.

«Les rues étaient moins bruyantes»

Du côté de la municipalité toulousaine, le maire (PS) Pierre Cohen salue les moyens «hors du commun mis à disposition de l'enquête» : près de 200 enquêteurs. Lors de la minute de silence qui s'est tenue dans la cour de la mairie, place du Capitole, l'édile a aussi appelé ses concitoyens «à redoubler de vigilance, car le tueur est toujours en liberté». Raison pour laquelle les policiers municipaux ont été réarmés. Jusqu'à présent, ils ne disposaient de leur revolver que lors du service de nuit, de 21 heures à minuit. Désormais «mis à disposition de la police nationale», ils patrouillent arme à la ceinture, en pleine journée.«On essaye de trouver ce qui fait force de symbole pour un éventuel quatrième crime odieux, développe le maire socialiste. Tout ce qu'on peut conseiller aux gens, c'est de ne pas rester trop longtemps devant les lieux publics.»
Si Pierre Cohen encourage tous ses concitoyens à reprendre une vie normale, «pour faire vivre la République et le vivre ensemble», un membre de la municipalité reconnaît qu'il y «a une vraie peur dans la population». «Hier soir, les rues étaient beaucoup moins bruyantes qu'à l'accoutumée, explique-t-il. Quand je suis allé chercher mon enfant à l'école, les parents m'ont apostrophé, me demandant ce que faisait la mairie pour arrêter ce fou.»
Cet après-midi, Pierre Cohen et son adjoint à la sécurité devraient se rendre à la rencontre des commerçants du centre-ville pour les rassurer. La visite d'un établissement scolaire est également prévue, pour «tenter d'expliquer aux enfants ce qui s'est passé».
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