samedi 17 mars 2012

Sans la gestion de la 'racine' d'Internet, l'Icann n'a plus de raison d'être




Une adresse Internet.

Stéphane Van Gelder, président du Generic Names Supporting Organization(GNSO) de l'Icann*, réagit à l'annulation, le 10 mars, du contrat IANA, portant sur la gestion de la "racine" d'Internet.
[* Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, en français la Société pour l'attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet. Autorité de régulation de l'Internet, cette société de droit californien à but non lucratif contrôle l'accès à tout domaine virtuel, qu'il soit générique ou national.]
Le département du commerce américain a annulé, samedi 10 mars, l'appel d'offre sur la fonction IANA, qui permet d'intégrer de nouvelles extensions. Comment l'expliquez-vous ?
Cette annonce a vraiment été une surprise pour l'Icann. Deux grandes théories ont été avancées. Alors que le mandat de Rod Beckstrom [responsable de l'Icann] touche à sa fin, l'administration américaine aurait voulu lui faire un cadeau d'adieu... La seconde théorie serait une pression directe de l'administration américaine pour faire rentrer l'Icann dans le rang.
Mais ces rumeurs ne sont pas réalistes. L'appel d'offre est sous-traité par une entité indépendante, et les critères sont examinés sans partialité. La vérité est que l'Icann s'est montrée trop confiante. Manifestement, nous n'avons pas répondu de façon satisfaisante sur tous les points de l'appel d'offres.
Depuis plusieurs mois, le GAC, organe consultatif représentant les Etats au sein de l'Icann, s'est montré particulièrement offensif. Certains pays, ainsi que la Commission européenne, on demandé un plus grand contrôle sur les nouvelles extensions Internet. Le département du commerce américain fait-il écho à ces critiques ?
Le GAC ne semble pas avoir joué de rôle dans cette décision. Le gouvernement américain va faire un nouvel appel d'offres et l'Icann y répondra de nouveau. Aucune date n'a été indiquée pour l'instant. Mais il est certain que sans la fonction IANA, l'Icann n'a plus véritablement de raison d'être.
Le 12 avril, l'Icann achève son programme de nouvelles extensions, permettant de déposer des noms de marques ou d'institutions, tels le .paris. Quel bilan de la politique de nouvelles extensions ?
La question de l'appel d'offre nous fragilise. Au moment où les nouvelles extensions se lancent, nous serions dans l'impossibilité de les introduire dans la racine d'Internet ! Néanmoins, nous maintenons le cap sur les nouvelles extensions. Comme nous ne savons pas quand aura lieu un nouveau round d'extensions, nous recensons beaucoup de client de "dernière minute". Mais il est difficile de monter un dossier à deux semaines de l'échéance.
Ces derniers jours ont également relancé le débat sur la protection des droits. LaCroix Rouge et le Comité olympique ont demandé une protection de leur nom dans le cadre du programme d'extension des nouveaux noms de domaine génériques. Une fois encore, c'est le conseil d'administration de l'Icann qui fragilise sa position. Pourquoi avoir cédé aux demandes de la Croix Rouge et du Comité olympique ? Pourquoi ne pas avoir planifié une deuxième fenêtre pour les nouvelles extensions ?
Les débats sur le traité ACTA, censé lutter contre la contrefaçon à l'échelle mondiale, ont été relancés en Europe. Quelle est la position de l'Icann sur ce sujet ?
ACTA démontre qu'il y a deux types de gouvernance possibles concernant Internet. Un modèle gouvernemental unilatéral et un modèle multiacteurs. Qui peut être contre la lutte contre le piratage ? Personne. Mais en ne parlant qu'entre gouvernements, sans concertation, on aboutit à un accord à portée globale, mais dont les détails semblent avoir été négligés. En introduisant le blocage DNS des sites, ont introduit une arme de destruction massive, pour s'attaquer à des choses minuscules.
Lors de la fermeture de Megaupload, fin janvier, des serveurs de l'entreprise ont été saisis, ainsi que son nom de domaine, en .com. L'Icann intervient-elle dans la saisie d'un nom de domaine ?
L'Icann n'a joué aucun rôle dans l'affaire Megaupload. Pour saisir un nom de domaine, les autorités peuvent intervenir à plusieurs niveaux : le propriétaire du nom de domaine, le bureau d'enregistrement, le gestionnaire de la zone, et éventuellement, l'Icann. Quand on s'adresse directement au propriétaire, cela peutprendre du temps, et l'administration ne s'embarrasse plus avec les échelons inférieurs. Le plus simple est de se tourner directement vers le registre. Pour le .com, c'est Verisign, société de droit américain. Verisign a beaucoup de mal à direnon à une injonction de son gouvernement.
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