mardi 20 mars 2012

L'unité politique affichée après Toulouse se fissure


PARIS (Reuters) - Des fissures sont apparues mardi dans l'unité affichée par l'ensemble de la classe politique française, fortement mobilisée au lendemain de la tuerie qui a fait quatre morts dans une école juive à Toulouse.
Dans la foulée de cet acte qui a soulevé une vive émotion en France et en Israël, la quasi-totalité des candidats à l'élection présidentielle du printemps ont décidé de mettre entre parenthèses la campagne, annulant des déplacements, des meetings ou des débats télévisés.
Cette décision a été saluée par le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Richard Prasquier, qui a estimé que la France avait réagi de façon "admirable" à la tuerie.
Mais la trêve conclue entre les candidats à l'Elysée a été fragilisée mardi par certaines critiques formulées tant à l'encontre du chef de l'Etat Nicolas Sarkozy qu'envers le candidat du MoDem François Bayrou.
Après avoir assisté à une cérémonie de recueillement lundi soir dans une grande synagogue parisienne, Nicolas Sarkozy et son adversaire socialiste François Hollande se sont rendus chacun de leur côté dans un établissement scolaire pour observer une minute de silence à 11h00.
"Ça c'est passé à Toulouse, dans une école confessionnelle, avec des enfants de familles juives. Mais ça aurait pu se passer ici", a déclaré le chef de l'Etat, au milieu d'élèves dans la cour du collège public François Couperin, dans le IVe arrondissement de Paris.
Son discours a aussitôt été dénoncé par Cécile Duflot, secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts, dont la candidate Eva Joly a suspendu les rendez-vous prévus mercredi dans le cadre de la campagne.
"Je pense, M. le Président, qu'on ne parle pas ainsi à des enfants. Le devoir des adultes c'est protéger, pas angoisser", écrit-elle sur Twitter.
Le député PS de l'Ardèche Olivier Dussopt a appelé pour sa part, également sur Twitter, à "veiller à ce que les hommages ne soient pas des traumatismes... surtout pour les plus petits. Et sans récupération".
"INDÉCENTE"
Prenant leurs distances par rapport au PS, à l'UMP et à EELV qui ont décidé de suspendre leur campagne, François Bayrou (MoDem), Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) et Nathalie Arthaud (LO), ont annoncé qu'ils ne modifieraient pas leur agenda.
Selon son équipe de campagne, Jean-Luc Mélenchon, qui a rassemblé quelque 120.000 personnes dimanche place de la Bastille, a indiqué mardi que poursuivre la campagne présidentielle était "un acte de résistance morale, intellectuelle et affective".
Même son de cloche à Lutte ouvrière où Nathalie Arthaud rejette toute idée d'union nationale.
"Je trouve indécente l'instrumentalisation politique de ces actes, et en particulier les appels à l'union nationale", écrit la candidate à l'élection présidentielle dans un communiqué. "Ma compassion et ma solidarité à l'égard des proches des victimes ne créent pour autant aucune 'solidarité nationale' avec Marine Le Pen, Sarkozy, Guéant et bien d'autres."
François Bayrou, qui a maintenu lundi soir un meeting prévu à Grenoble, a déclaré que la tuerie de Toulouse "s'enracin(ait) dans l'état d'une société".
Dans la société française ce type d'atteintes, d'actes se multiplient", a-t-il dit lundi soir. "Il y a un degré de violence et de stigmatisation dans la société française qui est en train de grandir, c'est inacceptable".
"NE PAS AJOUTER L'IGNOBLE À L'HORRIBLE"
Interrogé mardi matin sur les déclarations de François Bayrou, Alain Juppé, a appelé à ne pas ajouter "l'ignoble à l'horrible".
"Ce qu'il y a de bien dans la classe politique française c'est que, jusqu'à aujourd'hui, elle a réagi avec dignité et dans un esprit d'union nationale. Alors n'ajoutons pas l'ignoble à l'horrible", a dit le ministre des Affaires étrangères sur France 2.
"N'essayons pas de tirer parti dans un sens ou dans l'autre, dans quelque direction que ce soit, de ce drame qui n'a rien à voir avec la campagne électorale naturellement."
Au PS, François Hollande a prôné "l'union de tous les Français face à l'agression" et a mis en garde contre toute récupération politique.
"Il n'y a pas de place, pas d'espace pour le doute, pour la suspicion. Nous devons être tous unis. Il n'y a pas si souvent des causes qui peuvent nous rassembler à ce point", a déclaré le candidat du PS à l'Elysée sur RMC et BFM-TV.
"Lorsqu'il y a une agression, une horreur, un acte raciste antisémite, nous devons tous être rassemblés", a-t-il ajouté.
Son meeting prévu mardi soir à Rennes a été annulé. Le candidat se rendra mercredi à Montauban aux obsèques des soldats avant de participer au meeting de Carmaux dans la soirée.
"Le débat démocratique a toute sa place, toute sa légitimité il ne doit pas disparaître", a souligné Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS, à l'issue d'une réunion des députés et sénateurs PS. "La campagne électorale a lieu, elle aura lieu, elle doit avoir lieu. Il faut que les citoyens puissent faire leur choix pour le mandat qui vient."
Marine Pennetier, avec le service France, édité par Patrick Vignal
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