vendredi 16 mars 2012

Le Maroc choqué après le suicide d'une adolescente mariée à son violeur



le 16 mars 2012 à 12h05 , mis à jour le 16 mars 2012 à 13h22
Au Maroc, une adolescente, âgée de 16 ans, a préféré mettre fin à ses jours que de rester mariée à l'homme qui l'avait violée. Choqué par ce suicide, le pays a multiplié jeudi des appels à la réforme. Même le gouvernement s'est penché sur le drame.
TF1/LCI/DRLe drapeau du Maroc © TF1/LCI/DR
Amina Al Filali n'avait que seize ans. Cette jeune marocaine s'est suicidée samedi dans sa ville de Larache, près de Tanger, en avalant de la mort aux rats, après avoir été contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée une première fois quand elle avait 15 ans. Le violeur avait épousé sa victime pour échapper à plusieurs années de prison. En effet, leviol est puni si la victime est mineure à moins qu'ils ne se marient.
Ce suicide a semé l'émoi et les appels à la réforme, voire l'abrogation, d'une loi qui fait du viol un simple délit, se sont multipliés. Le gouvernement a même consacré sa réunion hebdomadaire à l'examen de ce drame humain et de société. "Cette fille a été violée deux fois, la dernière quand elle a été mariée" a déclaré le porte-parole du gouvernement Mustapha El Khelfi. 300 personnes ont organisé jeudi un sit-in, à l'appel de la Ligue démocratique pour les droits de la femme, devant le tribunal de Larache où le jugement entérinant le mariage de l'adolescente avait été prononcé. Un autre sit-in est prévu samedi devant le siège du parlement à Rabat.

"La loi considère la mineure violée comme une criminelle"
Cette affaire est révélatrice des contradictions d'une société à la fois traditionnaliste, et souvent peu éduquée, et son aspiration à la modernité, comme en atteste la nouvelle constitution adoptée en juillet qui prévoit l'égalité des sexes et bannit "toute discrimination". Ce viol aurait été classé comme "ordinaire" au Maroc, pays où ce type d'agressions est coutumier, s'il n'avait pas été suivi par le suicide de la jeune fille. L'écho suscité a obligé les responsables à prendre position.

La ministre de la solidarité, de la femme et de famille Bassima Hakkaoui a reconnu un "vrai problème" et préconisé un "débat pour réformer cette loi", sur la chaîne de télévision publique 2M. "C'est un cri de la société" a lancé une ex ministre, Mme Nouzha Skalli, qui occupait le même poste dans le gouvernement précédent. Les deux femmes s'exprimaient sur la chaîne publique qui, fait rare, y consacrait jeudi la quasi totalité de son journal de la mi-journée. "La loi considère la mineure violée comme une criminelle bien qu'elle soit  victime de la violence", a-t-elle ajouté, regrettant "l'absence de protection en faveur des mineurs". "Il faut réformer le code pénal afin de l'adapter à la nouvelle constitution qui interdit la violence contre les femmes et assure l'égalité des sexes" a-t-elle conclu.

"La perception de la femme-objet perdure"
Ce drame a provoqué une vaste mobilisation sur la blogosphère et dans les médias. Une pétition pour l'abrogation de "l'article criminel" et intitulé "Nous sommes tous Amina Al Filali" a été mis en ligne sur Facebook. "Au delà de l'aspect législatif, c'est une affaire de moeurs, de perception de la femme-objet qui perdure, du manque d'éducation à proprement parler et d'éducation sexuelle notamment", estime le quotidien francophone L'Economiste. La présidente de la Fédération de la Ligue démocratique pour les droits de la femme, Fouzia Assouli, a indiqué que l'article de loi incriminé défend la "famille, les moeurs mais ne prend pas en compte le droit de la femme en tant que personne".

Dans de nombreuses familles où le poids de la tradition et de la religion est très fort, la perte de lavirginité hors du mariage est considérée comme un déshonneur pour la famille. Souvent, des arrangements sont trouvés, avec la contribution de la justice, pour que les filles violées épousent leur agresseur.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...