lundi 19 mars 2012

Dr Laurent Uzan: «En Angleterre, il n'y a pas les mêmes impératifs en termes de suivi cardiologique pour les athlètes de haut niveau


SANTE - Le cardiologue, spécialisé dans le sport, revient sur le malaise cardiaque du jeune anglais Fabrice Muamba...

Dans un état «stable mais toujours critique», le jeune Anglais Fabrice Muamba est actuellement entre la vie et la mort après avoir fait un malaise cardiaque samedi en plein match. Le Dr Laurent Uzan, cardiologue spécialisé dans le sport, revient sur cet accident et tente d’en trouver les causes.
Son pronostic vital est aujourd’hui réservé. Quand saura-t-on si Fabrice Muamba est tiré d’affaire?
C’est extrêmement délicat à dire. Ça peut être une semaine comme un mois ou plus. Regardez le cas de David Sommeil en France [l’ancien joueur deValenciennes a subi un AVC à l’entraînement en 2008, avant de rester 15 jours dans le coma, ndlr], ça a pris énormément de temps…
A-t-il une chance, un jour, de reprendre son activité de sportif de haut niveau?
Aujourd’hui, on ne sait pas s’il va s’en sortir, c’est difficile de dire quoi que ce soit. Ça peut aller d'une évolution très péjorative à une reprise normale, même si intuitivement, pour le sport de haut niveau, on a plutôt un avis défavorable…
Comment un tel accident peut arriver alors que ses joueurs sont extrêmement surveillés?
En France comme en Italie, il y a une médicalisation importante des sportifs professionnels au niveau cardio, avec chaque année un électrocardiogramme d’effort, une échographie du cœur, un examen par un médecin. Même chez les sportifs qui ne sont pas de haut niveau, d’ailleurs. Aujourd’hui, un gamin de 12 ans doit faire un électrocardiogramme afin d’obtenir un certificat d’aptitude au sport.  En Angleterre, la législation n’est pas vraiment pas la même. La médicalisation dépend des clubs, tous ne sont pas structurés de la même façon. Je ne sais pas comment Bolton l’est, mais d’une manière générale, en Angleterre, il n’y a pas les mêmes impératifs en termes de suivi cardiologique pour les athlètes de haut niveau.
Une pathologie cardiaque a donc échappé aux contrôles?
On dit qu’une «mort subite, c’est un cardiaque qui s’ignore». Très clairement, il y a une pathologie cardiaque sous-jacente, à côté de laquelle on est passé ou qui n’était pas détectable facilement. Il y en a des plus facilement décelables que d’autres.
Quelles peuvent être les pathologies responsables de l'accident de Fabrice Muamba?Pour ce genre d’accident de mort subite, il y en a deux catégories. Après 35 ans, ce sont les infarctus responsables de la plupart des morts subites. Avant 35 ans, donc pour la plupart des sportifs de haut niveau, il y a deux, trois ou quatre maladies qui reviennent le plus souvent. La plus connue, c’est celle du gros cœur, l’hypertrophie cardiaque. Le muscle est trop développé et cela peut être à l’origine de troubles du rythme cardiaque et de malaises. Il y a aussi ce qu’on appelle des maladies rythmiques, qui conduisent à des anomalies du circuit électrique à l’intérieur du cœur. Comme la dysplasie arythmogène du ventricule droit ou le syndrome de Brugada.

Ce sont des maladies qui se découvrent facilement?
Elles se découvrent normalement sur un électrocardiogramme de repos. Un électrocardiogramme de repos tout simple dépiste 60% des maladies à risque de mort de subite. Avec un bémol sur les sportifs, particulièrement de race noire, dont les électros sont parfois fluctuants. Le sport modifie un peu l’électrocardiogramme, ce qui peut induire en erreur.
La question du dopage a-t-elle lieu d’être évoquée?C’est dans l’air du temps de se poser la question, c’est ce que tout le monde aura dans la tête quoi qu’il arrive, mais c’est impossible de répondre. Il n’y a rien qui permet de suspecter le dopage car ce n’est pas un joueur qui a changé ses performances subitement, il a gardé le même gabarit. Après, effectivement, s’il y a un message à faire passer, c’est bien que le dopage peut occasionner des morts subites. Les hormones de croissance, ça fait de l’hypertrophie, l’EPO peut boucher les vaisseaux sanguins…
L’installation de défibrillateurs dans les lieux d’activités sportives peut être décisive dans les premières minutes après le malaise…Pour les sportifs qui ne sont pas de haut niveau, maintenant on a quelque chose qui peut permettre de les sauver. Car ce qui est important, c’est les premières minutes: le défibrillateur et le massage cardiaque. Un message cardiaque, ça prend dix minutes à être appris et ça sauve des vies.
 Propos recueillis par B.V.
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