dimanche 18 mars 2012

Au fait, c’est qui le Front de gauche


Au fait, c’est qui le Front de gauche ? (DAMOURETTE/SIPA)
Au fait, c’est qui le Front de gauche ? (DAMOURETTE/SIPA)
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Le succès du Front de Gauche tient en partie à la personnalité et aux qualités d’orateur de Jean-Luc Mélenchon. Le Front de gauche a aussi su trouver des dynamiques convergentes et tenir compte des expériences passées pour instaurer une logique unitaire qui ravive la mémoire d’une partie de la gauche.
Sans évoquer l’Union de la gauche ou le Front populaire, une campagne ébauche de campagne similaire s’est produite en 1988. Peu après son départ du PCF, Pierre Juquin se présente à la présidentielle. Il est soutenu notamment par la LCR et les derniers militants du PSU, par l’hebdomadaire "Politis" (Première formule) et des personnalités comme le cinéaste Bertrand Tavernier ou l’écrivain Gilles Perrault. Par la suite, ces militants animent plusieurs campagnes politiques et sociales : pour l’abolition de la dette des pays du tiers monde en 1989 "ça suffat comme ci" ou encore l’appel des 250 qui donne naissance aux comités antifascistes Ras l’front qui concurrence alors SOS Racisme sur le déclin et les antifascistes radicaux des Sections carrément Anti Le Pen.

Une dynamique unitaire depuis 2009

Le grand moment pour la gauche radicale a été campagne du non au traité constitutionnel de 2005. Les lectures d’un "non de gauche" ont été enthousiastes et ne correspondent pas à la réalité du non, "le non de droite" raflant la mise en milieu populaire. Ce succès a été suivi de l’échec de la candidature antilibérale de José Bové lors des élections présidentielles de 2007. Les différents groupes de la gauche radicale sont allées en ordre dispersé à l’élection. La somme cumulée des candidats donne 9 % (environ 3.600.000 voix) des suffrages à comparer au potentiel de 14 % lors élections de 2002 (environ 4.000.000 de voix).
Depuis 2009, une dynamique nouvelle s’est instaurée. Deux groupes concurrents apparaissent le Parti de Gauche et le NPA. Le Nouveau parti anticapitaliste connaît initialement un certain succès. Il est vite miné par les tensions internes, les logiques contradictoires et la tentation du repli sur soi.
Le Parti de gauche est issu du parti socialiste et agglomère originellement des élus socialistes et écologistes. Très vite, les militants du PG appellent à la fondation d’un Front de gauche pour les élections européennes de 2009. Le départ de Jean-Luc Mélenchon du PS a été calculé.
Le sénateur Mélenchon quitte le groupe socialiste pour rejoindre le groupe communiste, républicain et citoyen au Sénat. La mécanique s’enclenche, il est rejoint par le PCF et par la Gauche unitaire animée notamment par Christian Picquet – un ancien dirigeant trotskiste, qui a traversé différents groupes d’extrême gauche avant d’intégrer la direction de la LCR, il est mis à l’écart lors de la fondation du NPA. C’est la première phase de la dynamique unitaire. Le Front de gauche est capable de rassembler plusieurs courants de la gauche radicale.
L’opération est renouvelée aux élections régionales de 2010. La dynamique du rassemblement des forces de la gauche radicale est encore plus forte. Dans certaines régions, comme le Limousin ou le Languedoc-Roussillon, le Front rassemble la quasi-totalité des forces de la gauche radicale y compris le NPA. C’est dans les régions où le PCF est fort et encore relativement bien implanté que le Front de gauche réalise ses meilleurs résultats. Les élections présidentielles sont préparées très tôt et poursuivent cette dynamique du rassemblement, recréant la mystique et la logique unitaires du Front populaire ou l’Union de la gauche.
Aujourd’hui le Front de gauche rassemble à la fois des organisations qui en sont membres et est soutenu sans qu’elles n’appartiennent à ce cartel par différents groupes. Parallèlement, le Front de gauche propose des ralliements de personnalités via les différents Fronts : luttes, justice, front des femmes, des intellectuels, universitaires. Ce soutien en archipel que propose le Front de gauche lui permet de rencontrer des accords partiels favorisés par les appels frontistes. Cette tactique reprend en grand partie la stratégie qui en son temps avait fait le succès du mouvement communiste international.

1 / Les membres

Les communistes historiques. Ils sont incarnés par le PCF, représentent l’armature et l’appareil du Front de Gauche. Les militants du Parti, d’abord hésitant à soutenir un non communiste qui plus est ancien trotskiste ont été séduits par Mélenchon qui par ailleurs leur a donné de nombreux gages de son attachement à certains principes révolutionnaires. Le PCF réussit à regrouper ses anciens militants qui reviennent à la politique attirer par le dynamisme et cette campagne électorale.
Les socialistes radicaux. Ils s’inscrivent dans la famille politique se réclamant du socialisme historique, exaltant les figures et les mythes de la Révolution française à au Front populaire le régime bolchevique et le massacre de Kronstadt par l’Armée rouge et l’Union de la Gauche. Ils sont représentés par le Parti de Gauche et par les derniers représentants du CERES, regroupés dans Socialisme et République.
Les trotskistes, anciens militants de la LCR et du NPA. Deux sous ensembles participent de cette composante. La Gauche unitaire réunie autour de Christian Picquet constitue l’ancienne minorité de la LCR qui a immédiatement après la fondation du NPA rejoint le Front de gauche. Le deuxième groupe,Convergence et alternative issue de la même tendance dans la LCR mais qui a un temps participé au NPA avant de le quitter.
Les communistes rénovateurs et refondateurs. Ils sont en général membres de la Fédération pour une alternative sociale et écologique dans lesquels se retrouvent les communistes unitaires qui ont quitté le PCF en 2010, comme Roger Martelli et plusieurs élus de la banlieue parisienne ou des anciens ministres comme Marcel Rigout. Rien étant simple : une des composantes de la FASE, les alternatifs – mélangeant d’anciens du PSU et du PCF ayant soutenu Juquin en 1988 – quittent la FASE parce qu’elle soutient Mélenchon et quelques mois plus tard appellent à voter Mélenchon.
Les maoïstes du PCOF (Parti communiste des ouvriers de France). Cette dernière tendance des pro-albanais appartient également au Front de gauche. Si en apparence ce groupe soutient principalement les travailleurs immigrés. Le PCOF appartient à la Conférence Internationale de Partis et Organisations Marxistes Léninistes et se réclame de la figure de Mao et défend la révolution culturelle chinoise et arborant sur le site les portraits de Staline. Les autres groupes maoïstes en France restent à l’écart de la campagne électorale défendent une ligne abstentionniste.

2 / Les soutiens

La campagne séduit dans la gauche radicale au-delà des soutiens initiaux, viennent se greffer d’autres groupes.
Les staliniens orthodoxes incarnés par la coordination des groupes communistes pour la reconstruction d’un parti sont présents dans quatre régions : Nord Pas de Calais, Île de France, Alsace et PACA. Ils ne représentent pas tous les groupes communistes orthodoxes, le pôle pour la renaissance communiste en France ne soutient pas ouvertement le Front de gauche. Néanmoins ils possèdent encore quelques influences locales. Leur soutien s’effectue sur la base de l’antilibéralisme commun, de la logique frontiste qui a en 1936 existé et surtout de la défense des intérêts ouvriers acquis au temps de l’URSS.
Les rénovateurs sont également issus du Parti communiste et l’ont quitté dans les années 1980 au moment des comités Juquin. Alternative démocratie socialisme est principalement incarnée par l’ancien ministre communiste Marcel Rigout possède deux foyers principaux d’implantation : la Haute Vienne et le Val de Marne.
Les organisations satellites du PCF comme Organisation femme égalité et les Jeunes communistes soutiennent le Front de gauche sans en être membre à part entière. Enfin le dernier soutien en date est le mouvement politique d’action populaire (M’PEP) dirigé par l’ancien communiste et président d’ATTAC, Jacques Nikonoff.
L’univers des personnalités soutenant le Front de gauche est plus complexe. Les quatre familles évoquées se retrouvent.
Les socialistes radicaux outre Jean-Luc Mélenchon, le député du Nord Marc Dolez ou l’ancien sénateur socialiste de la Loire Atlantique, François Autain. Des personnalités comme Didier Motchane, l’ancien théoricien du CERES se rallient à la candidature Mélenchon.
Chez les trotskistes, les discutions sont encore minimes, la majorité d’entre eux soutiennent candidat de leur organisation. C’est dans les rangs de l’écologie radicale où les ralliements sont nombreux après le soutien de Paul Ariès, s’adjoint ceux du biologiste Jacques Testart ou Anita Rezenholc l’un des responsables du Comité de rédaction de la revue Ecorev.
Les gros bataillons du soutien au Front de gauche sont formés par les militants issus de l’appareil du PCF et des soutiens traditionnels du PCF. Les syndicalistes enseignant de la FSU comme Gérard Aschiéri, passé par les jeunesses communistes, Nicole Sergent, Pierre Marsaleix ou l’ancien secrétaire de la Fédération CGT des cheminots comme Didier Le Reste.
De même, les sociologues proches du Parti communiste ou anciens communistes sont nombreux comme Bertrand Geay, Gérard Mauger ou Louis Weber.
Enfin de compte, un peu comme un slogan de l’UNEF des années 1970 avait marché, le Front de gauche aura réussi à réunifier les courants communistes, sans pour autant rallier les trotskistes, mais est-ce étonnant pour un ancien lambertiste
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