jeudi 15 mars 2012

Affaires : la stratégie à géométrie variable du PS



LEMONDE | 15.03.12 | 14h49   •  Mis à jour le 15.03.12 | 14h59
Jean-Noël Guérini à sa sortie du palais de justice de Marseille le 15 février 2012.
Jean-Noël Guérini à sa sortie du palais de justice de Marseille le 15 février 2012.AFP/BORIS HORVAT

Jeudi 15 mars dans l'après-midi, Jean-Noël Guérini et Robert Navarro, sénateurs socialistes des Bouches-du-Rhône et de l'Hérault, seront fixés sur la demande de levée d'immunité parlementaire dont le bureau du Sénat a été saisi par la justice. Un simple vote, à bulletins secrets, au Petit Luxembourg, siège de la présidence ; mais un verdict important pour le Parti socialiste. "L'issue du vote pourrait être un tournant de la campagne", confie un secrétaire national du PS. A gauche, on a compris que l'extrême droite, mais aussi la droite, n'avaient pas l'intention, dans ce dernier mois de campagne, de laisser de côté ces affaires qui touchent les socialistes.

"Si la levée de l'immunité doit permettre à la justice de fonctionner le plus rapidement possible, je fais confiance aux sénateurs pour prendre la bonne décision", a déclaré François Hollande, jeudi, à La Provence. Il n'est un mystère pour personne que le candidat à la présidentielle et la première secrétaire du PS,Martine Aubry, seraient enchantés que le président du conseil général des Bouches-du-Rhône et l'ancien patron de la "fédé" de l'Hérault perdent cette protection, privilège des élus : pas de garde à vue, pas de contrôle judiciaire, pas de détention provisoire.
Mais le sujet est sensible. "S'ils ne lèvent pas l'immunité, on dira qu'ils se protègent entre eux, souligne Patrick Maisonneuve, avocat de MM. Guérini et Navarro. Mais s'ils la lèvent, et notamment pour un abus de confiance "discuté" de 90 000 euros de voyages, dans le cas de M. Navarro, l'immunité parlementaire n'a alors plus aucun sens."
"C'EST L'ARGENT DES MILITANTS, IL N'Y A PAS UN CENTIME DE DENIERS PUBLICS CONCERNÉS"
Les deux dossiers ne se ressemblent pas. Jean-Noël Guerini est mis en examen pour "prise illégale d'intérêts, trafic d'influence et association de malfaiteurs" dans une vaste affaire de marchés publics truqués de l'agglomération marseillaise. Le dossier, sur lequel se profile en toile de fond le grand banditisme, mobilise un juge d'instruction depuis près de trois ans, oblige à coopérer avec la Suisse, l'Espagne et Israël.
Robert Navarro, lui, n'a pas encore été entendu par la juge de Montpellier. Dans son cas, ce sont des billets d'avion payés par la "fédé" de l'Hérault et remboursés par le Parlement européen – où il siégeait – qui ont intrigué la mission du PS diligentée après les régionales de 2010. La juge a ensuite mis au jour 40000 euros de factures de pizzas et petits déjeuners. "C'est l'argent des militants, certes, mais il n'y a pas un centime de deniers publics concernés", répond Me Claude Benyoucef, conseil de Robert Navarro et de Dominique, sa femme, alors comptable de la fédération et attachée parlementaire de François Rebsamen. Martine Aubry, avertie d'étrangetés dans la comptabilité, a décidé de déposer plainte pour abus de confiance, le 5 avril 2011.
Une troisième affaire a vu le jour cet hiver dans le Pas-de-Calais, lorsque des articles de presse ont accusé Jean-Pierre Kucheida, patron de cette autre puissante fédération, d'avoir utilisé la carte Bleue de la Soginorpa, le bailleur social du bassin minier qu'il préside, pour payer de lourdes additions dans des restaurants gastronomiques. Pour M. Kucheida, qui a reconnu les faits, la sanction a été immédiate : sa candidature aux législatives - il est député depuis 1981 - a été gelée. De source judiciaire, les quatre enquêtes préliminaires ouvertes à Lille entre décembre 2010 et mars 2011, dont trois à la suite d'un rapport de la chambre régionale des comptes, n'ont pour l'instant pas révélé de financement occulte du PS.
Seul Rose mafia, publié, il y a trois semaines chez Jacob-Duvernet, par l'ancien maire socialiste d'Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville (mis en examen et incarcéré pour détournements de fonds publics), l'affirme. A ce jour, M. Kucheida n'a pas été entendu par la justice. Comme il l'avait promis par écrit à la Soginorpa, il a remboursé un tiers des 47 400 euros de frais indus.
Pour autant, son investiture reste compromise. Dans quel cas un élu mis en cause par la justice doit-il renoncer à ses mandats ? La gestion des "affaires" du PS serait-elle à géométrie variable ? Sylvie Andrieux, mise en examen en juillet 2010 pour complicité de détournement de fonds publics, d'escroquerie et de tentative d'escroquerie, est candidate dans la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône. "La règle, tente de justifier François Lamyconseiller politique de Martine Aubry, c'est de prendre des mesures d'exclusion lorsque la personne a été jugée. Mais dans les faits, quand un camarade est mis en cause pour des faits d'abus de bien social, on lui demande de se mettre en retrait du parti."
DE SON "PAQUEBOT", LA FORTE TÊTE GUÉRINI RÈGNE TOUJOURS SUR LE DÉPARTEMENT
La jurisprudence du PS est un peu mystérieuse. François Pupponi, visé par une enquête préliminaire ouverte sur dénonciation anonyme pour des notes d'hôtel et de restaurants payés avec la carte bancaire de la Société d'économie mixte de chauffage de Sarcelles (SEM Chaleur), a été investi dans la 8e du Val- d'Oise."Tout n'est pas codifié. Jean-Pierre Kucheida a reconnu un certain nombre de faits,François Pupponi lui a toujours nié ce qui lui était reproché", explique-t-on chez Martine Aubry. M. Pupponi avait rallié l'équipe de la première secrétaire, lors des primaires, avant d'être cité dans l'affaire du cercle de jeux Wagram, où il a été entendu comme témoin assisté.
Il y a aussi ceux qui refusent les ordres venus de Paris. Ni M. Hollande ni MmeAubry n'ont pu faire entendre raison à Jean-Noël Guérini, qui a dû, toutefois,abandonner sa "fédé" à l'été 2011. "Je lui ai déjà demandé de démissionner (du conseil général). C'était selon moi la meilleure attitude à avoir", a redit, jeudi, M. Hollande. De son "paquebot", la forte tête règne toujours sur le département. Comme si les tempéraments des élus mis en cause, ou les affinités qu'ils entretiennent avec Solferino, pouvaient parfois pondérer la sanction nationale.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...