mercredi 8 février 2012

Syrie: "Le veto russe prolonge de manière considérable le régime"


MONDE | mercredi 8 février 2012 à 8h45

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      Le président syrien Bachar al-Assad avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov
      Le président syrien Bachar al-Assad avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov
      La situation s’envenime en Syrie. Au moins 47 civils ont été tués ces huit dernières heures dans les bombardements menés par l'armée syrienne dans la ville de Homs. Plusieurs pays européens ont rappelé leurs ambassadeurs de Syrie. Comment la situation va-t-elle évoluer ?
      Plusieurs pays européens, dont la Belgique, ont rappelé leur ambassadeur en Syrie. Les Etats-Unis ont, eux, fermé leur ambassade. Les monarchies du Golfe ont de leur côté décidé d'expulser les ambassadeurs de Syrie dans leurs pays et de retirer les leurs de Damas, dénonçant un "massacre collectif".
      Mais la répression a continué, notamment à Homs, ville rebelle.
      Comment la situation va-t-elle évoluer ? Selon le politologue libanais Ziad Majed, les sanctions européennes peuvent avoir leur rôle à jouer. "Ca a déjà eu un effet et ça peut avoir un plus grand effet ; le régime syrien a mobilisé pendant les premiers mois de la révolution des dizaines de milliers de ce que les Syriens appellent 'les shabiras' ou 'les voyous'. Ce sont des gens qui sont en général au chômage, certains étaient des prisonniers, ils étaient payés par jour, pour aller tirer sur les manifestants parce qu'au début, le régime ne voulait pas tout de suite utiliser l'armée et après, il y a eu un problème de cash pour les payer de liquide, d'argent, pour payer. La question du pétrole syrien, c'est aussi assez important. La Livre syrienne est dévaluée, elle a perdu beaucoup de son pouvoir. Avec l'usage des chars partout en Syrie, il n'y a plus de carburant comme réserve. L'Iran essaie d'aider mais ce n'est pas suffisant. Donc les sanctions peuvent avoir un effet au niveau du financement de la machine de mort du régime syrien mais cela en général, est lent, ça prend du temps".
      Pour Thomas Pierret, maître de conférence à l'Université d'Edimbourg, spécialiste de la Syrie, qui était l’invité de Matin Première ce matin, la situation évoluera bien en Syrie. Mais de façon lente. "Cela parait très difficile que le régime survive. On a l’impression d’être devant une désintégration de ce régime et de son armée. Mais de toute façon, ça prendra très longtemps. Des mois, sinon plus…", constate-t-il.
      Pour lui, le déclic devrait venir de l'intérieur, des milieux religieux. "Bachar al Assad a réussi à limiter les dégâts. Au début il y avait une critique dans les milieux religieux. Mais durant l’été dernier, il a réussi à réprimer ses critiques. Mais il y a des signes qui montrent qu’on pourrait voir cette contestation renaitre, si le régime adopte une politique de plus en plus brutale dans les villes insurgées".
      Pour ce spécialiste de la Syrie, le soutien russe contribue à faire durer le régime. "C’est très important. D’un point de vue psychologique, les dirigeants syriens savent qu’ils ne sont pas seuls. Ça encourage certains dirigeants syriens à ne pas faire défection. Il y a également un approvisionnement en armes. Et le veto au Conseil de sécurité de l’ONU. Ça prolonge de manière considérable le régime".
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