mercredi 22 février 2012

PSA-GM: une alliance en questions


PSA-GM: une alliance en questions

 Par Julie de la Brosse publié le 22/02/2012 à 12:48

La rumeur d'une alliance entre GM et PSA fait s'envoler le titre du constructeur français en Bourse de près de 15%. Et pour cause, un tel rapprochement ne serait pas dénué d'intérêt.

Une usine PSA en Slovaquie.
Une usine PSA en Slovaquie.
REUTERS/Radovan Stoklasa
Comment la rumeur est née?
Deux sources de presse l'ont évoqué simultanément mardi soir, le Financial Times et le site de la Tribune. Selon Latribune.fr, "les discussions entre les deux groupes entamées il y a plusieurs mois sont entrées dans leur phase finale" et ils pourraient profiter du salon automobile de Genève, début mars, pour officialiser leur alliance.
A priori il ne s'agit pas d'une simple rumeur puisque PSA a confirmé à demi-mot l'information. Mardi soir, le constructeur a en effet annoncé qu'il étudiait un projet d'alliance, sans préciser toutefois l'identité de son partenaire potentiel. De son côté, Xavier Bertrand a lui aussi confirmé l'information: "Le président du groupe m'a informé hier soir de ces discussions pour un partenariat stratégique et m'a dit que c'était une bonne nouvelle pour le groupe" a-t-il déclaré sur Europe 1.
Une telle alliance aurait-elle un sens?
PSA est plus que jamais en recherche d'un allié. Le groupe se retrouve confronté à d'importantes difficultés en Europe, et il sait qu'il n'a plus les moyens de faire cavalier seul, à l'instar de tous les grands constructeurs mondiaux.
PSA-GM: une alliance en questions
Le logo Opel sur la façade d'un immeuble en Allemagne.
Johannes Eisele / Reuters
Pour les analystes de Bank of America-Merrill Lynch, "la première raison de telles discussions est le besoin pour les deux constructeurs d'améliorer leur position en Europe où tous les groupes sauf deux (Volkswagen et Renault) ont enregistré des pertes au second semestre 2011". De fait, comme Opel, la filiale germanique de GM, PSA fait face à un important problème de profitabilité. En 2011, les deux groupes ont réalisé des pertes significatives en Europe sur leur branche automobile: 747 millions de dollars pour Opel, et 92 millions d'euros pour PSA.
Pour les analystes, une alliance entre PSA et Opel aurait donc le mérite de répondre à cette problématique. "Cela permettrait d'améliorer un ratio très important dans l'automobile qui est celui de l'investissement et de la R&D sur le nombre de véhicules produits", explique ainsi Florent Couvreur, analyste chez CM-CIC Securities. Pour faire baisser les coûts de revient des véhicules, plusieurs scenarios sont envisageables. PSA pourrait par exemple fournir à Opel les moteurs et les châssis de ses véhicules, "ce qui aiderait GM à limiter ses coûts de développement en Europe, et PSA à amortir les siens avec un plus grand nombre de modèles", résume notre analyste. Au total, Opel produit environ 1,5 million de voitures en Europe, quand Peugeot Citroën en produit 3,5 millions.
PSA serait-il favorable à ce rapprochement?
Tout dépend en fait de quoi on parle. Car pour le moment personne ne semble capable de dire si les deux protagonistes discutent simple partenariat stratégique ou fusion. En clair si cette alliance induira des échanges capitalistiques ou non. La Tribune.fr évoque cette dernière possibilité, mais sur ce point PSA est très clair. Récemment, alors que la presse faisait état d'un possible mariage avec Fiat, Philippe Varin confiait aux analystes qu'une alliance avec un concurrent ne se ferait qu'à trois conditions : des synergies possibles, le respect la stratégie de PSA et le maintien de son indépendance. En clair, la famille Peugeot, qui détient 31% du capital du groupe, ne serait toujours pas prête à perdre le contrôle du groupe automobile. Une condition qui a déjà fait échouer les négociations avec le japonais Mitsubishi ou encore l'italien Fiat.
PSA-GM: une alliance en questions
Philippe Varin, président de PSA Peugeot Citroen.
REUTERS/Benoit Tessier
Au mieux, des sources proches du dossier font donc état d'une participation croisée "symbolique" entre les deux groupes. De quoi limiter l'intérêt stratégique de l'opération. De fait, comme le rappelle la Tribune, le français est aujourd'hui très isolé sur la scène internationale. A l'inverse, GM, premier constructeur mondial, est extrêmement bien positionné en Asie, en Amérique latine et bien entendu aux Etats-Unis, où PSA est complètement absent... Mais sans véritable consolidation, il n'y a aucune raison pour que PSA profite des marchés offerts par GM. Tout dépendra donc in fine des termes de la négociation entre les deux groupes. Ce qui est sûr c'est qu'aujourd'hui, PSA est souvent critiqué pour avoir privilégié les partenariats stratégiques aux alliances capitalistiques.
Quels seraient les éventuels freins à un tel rapprochement?
Certains mettent d'ores et déjà en avant le risque de cannibalisation entre GM et PSA en Europe. Tous deux sont généralistes, et tous deux se livrent à une guerre acharnée sur le Vieux Continent. De gros doublons risquent surtout d'émerger entre Opel et PSA, qui fabriquent grosso modo le même type de véhicules. Toutefois, pour les analystes, ce frein n'en est pas vraiment un, puisque avec ou sans alliance, ce risque existe déjà...
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