mercredi 8 février 2012

La crise oblige la Banque de France à poursuivre sa réforme



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Par Christelle Fradin
En 2005, certaines des recommandations d'un premier rapport de la Cour des comptes sur la Banque de France (BdF) avait provoqué un tollé au sein de l'institution. L'édition 2012 du rapport annuel de la Cour ne sera pas forcément totalement pour déplaire. Du moins dans sa première partie. Car les efforts réalisés ne sont pas passés sous silence. Et en premier lieu s'agissant de la situation financière de la banque centrale.
Après une perte de 179 millions d'euros en 2003, qui avait appelé au constat de la nécessaire réduction des charges de structure, la Banque de France est parvenue à dégager un bénéfice de 2,6 milliards d'euros en 2010 grâce à l'augmentation des revenus tirés des opérations de refinancement mais aussi des activités pour compte propre de la banque.
Pour autant, en pleine crise de la dette souveraine, pas question de relâcher l'effort. Les magistrats de la rue Cambon pointent une exposition aux risques de crédit accrue au titre de ses opérations de politique monétaire comme de sa gestion pour compte propre. Le premier volet fait notamment référence au programme d'achat de titres décidé en pleine crise de la dette souveraine par la Banque centrale européenne. A fin 2011, le montant des titres acquis atteignait les 211 milliards d'euros. Or, les revenus de ce programme, mais aussi ses pertes, devront être partagés au sein de l'Eurosystème. Côté obligations sécurisées, l'encours des programmes de rachats de titres à l'échelle de la zone euro s'élevait à fin 2011 à 62,1 milliards d'euros.
« A ce stade, aucune provision pour dépréciation n'a été constituée au titre de ces portefeuilles », constate la Cour des comptes. Pas même sur les titres grecs car, comme l'ont répété à maintes reprises les dirigeants de la BCE, il n'est pas question pour l'institution de participer au plan d'échange volontaire des titres de dettes.
La Cour vise aussi une gestion financière pour compte propre davantage tournée vers le rendement et précise que 44% des portefeuilles d'investissement sont exposés à des dettes souveraines de pays aujourd'hui fragilisés. Elle appelle donc la Banque de France, en dialogue avec l'Etat, à « réexaminer ses objectifs (…) afin de renforcer la sécurité de ses portefeuilles d'investissement, même si cela doit être au détriment du rendement ». Cet argument d'une recherche du rendement à court terme au détriment de la sécurité des placements a été rejeté par le gouverneur, Christian Noyer, dans sa réponse. Et d'évoquer des placements de long terme de titres détenus jusqu'à l'échéance tout en insistant sur des probabilités de défaut qui étaient nulles au moment des placements.
La Cour appelle par ailleurs à un « effort partagé entre l'Etat et la BdF de renforcement des fonds propres de la Banque pour pouvoir faire face à la montée des risques financiers ».
Face à un environnement instable, « une nouvelle étape de modernisation s'impose, d'une ampleur supérieure aux précédentes », estiment encore les magistrats de la rue Cambon. Et d'évoquer une exigence accrue de réduction des charges d'exploitation et des effectifs (13.000 agents en équivalent temps plein) de la banque centrale. Le rapport annuel suggère d'examiner sur une période allant jusqu'en 2020 la possibilité de ne pas remplacer deux départs sur trois, de modérer les augmentations générales de salaires. Il est aussi recommandé d'engager une nouvelle réduction de la taille du réseau. Des conclusions que, là encore, le gouverneur conteste, revenant sur le calcul des charges d'exploitation.
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