mardi 24 janvier 2012

Rapprochement à petits pas entre le Maroc et l’Algérie


Le nouveau chef de la diplomatie marocaine effectue à Alger sa première visite à l’étranger.
La frontière entre les deux pays est fermée depuis août 1994.
Avec cet article
Tout un symbole. Le nouveau ministre marocain des affaires étrangères, Saad-Eddine El Othmani, a symboliquement tenu à faire d’Alger sa première destination à l’étranger. Entamé au second semestre 2011, le dégel entre l’Algérie et le Maroc a ainsi franchi lundi 23 janvier un nouveau pas avec cette visite de deux jours du numéro 2 du Parti de la justice et du développement (PJD), la formation islamiste qui conduit la coalition issue des urnes en novembre dernier au Maroc. 
Les deux pays, dont la frontière terrestre est fermée depuis août 1994, sont en conflit quasi permanent depuis 1975 autour du sort du Sahara Occidental, revendiqué et occupé par le Maroc.
Alger et Rabat ont jusque-là fait des « petits pas sectoriels » l’un vers l’autre, sous le feu du « printemps arabe » qui a subitement menacé d’isolement les deux régimes. Un accord très ambitieux dans le secteur agricole a été signé juste avant l’alternance gouvernementale au Maroc, tandis que Sonatrach a « accepté » de fournir plus de gaz naturel au Maroc.

RÉCHAUFFEMENT FRAGILE

Leur dernière réconciliation remonte à 1988, avec la naissance de l’Union pour le Maghreb arabe. Ils avaient alors rétabli des relations diplomatiques et rouvert leur frontière, dans un contexte de crise économique et politique interne sans précédent. « Ce projet est redevenu attrayant après la chute de Ben Ali et de Kadhafi, explique un député algérien. Alger et Rabat ont compris qu’ils avaient tout intérêt à le remettre en route. »
La presse marocaine se montre toutefois plus enthousiaste que son homologue algérienne. À Alger, les quelques voix qui se sont exprimées évoquent toutes le préalable d’« une évolution sérieuse du Maroc sur le dossier sahraoui », selon la formule d’Abdelaziz Rahabi, ancien ambassadeur algérien à Madrid, pour lequel « ce dossier est piloté directement par le palais royal » . 
« Le réchauffement est très fragile. En août dernier, l’enlèvement de trois humanitaires européens dans le camp de réfugiés sahraoui à Tindouf a failli tout faire capoter, des officiels marocains ayant saisi l’événement pour relancer l’accusation de connivence entre une aile du Polisario (Résistance sahraouie) et l’Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique) », rappelle Samir Delali, universitaire à Oran.

TOUJOURS PAS DE PROJET DE RÉOUVERTURE DE LA FRONTIÈRE ENTRE LES DEUX PAYS

Et comme pour rappeler toute la distance qui reste à parcourir, le ministre délégué algérien en charge des affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel, précise que la question de la réouverture de la frontière « n’a pas été évoquée » jusque-là. L’idée persistante – et controversée – à Alger est que l’ouverture des frontières serait « un cadeau » à l’économie marocaine qu’il ne faut pas faire sans « contrepartie » . D’autres dossiers contentieux sont toujours sur la table.
Pour Samir Delali, « si quelqu’un veut se convaincre qu’il n’y a pas eu de processus révolutionnaire au Maroc et en Algérie – à l’inverse de la Tunisie et la Libye –, il suffit d’observer les résistances de ces deux régimes dans leur mouvement de rapprochement. À Tunis et Tripoli, on parle déjà d’une union douanière très prochaine. »
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