vendredi 27 janvier 2012

Procès des Lavier, acquittés d'Outreau : ils "ne pensaient pas à mal"


Créé le 27-01-2012 à 00h56 - Mis à jour à 12h54     

Franck et Sandrine Lavier comparaissaient jeudi à Boulogne-sur-Mer avec quatre de leurs proches pour violences et corruption de mineurs.

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Ils parlent "d'amusement", de "délire", de "déguisements" ou encore de comportements "enfantins", mais pour la justice il s'agit bel et bien de corruption de mineurs. Jeudi 26 janvier, Sandrine et Franck Lavier, acquittés d'Outreau, étaient jugés au tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer pour violences sur mineurs et corruption de mineurs. A leurs côtés, quatre proches : les deux frères de Franck, Laurent et Jérôme, la compagne de Laurent, Hélène, et le compagnon de la fille aînée de Sandrine, Renaud Valance.

"Est-ce normal de commenter un livre de positions sexuelles devant votre fille?"

La procureure a requis 18 mois de prison avec sursis à l'encontre des époux Lavier, 8 mois avec sursis pour Laurent, Hélène et Renaud Valance, et a demandé une dispense de peine pour Jérôme. Les avocats des époux Lavier ont plaidé la relaxe des faits de "corruption des mineurs" et une "peine symbolique" pour les violences sur mineurs.
Tous reconnaissent des "gestes déplacés", "des choses à ne pas faire devant les enfants", mais réfutent le terme de "corruption." "Loin de là, loin de là" répète Laurent, qui "regrette amèrement." "Est-ce normal de commenter un livre de positions sexuelles devant votre fille de 12 ans ?" demande la présidente du tribunal à Sandrine Lavier. Cheveux relevés en chignon, créoles dorées aux oreilles, elle répond "non, c'est assez déplacé." A plusieurs reprises au cours de l'audience, elle aura du mal à dissimuler son malaise et baissera la tête pour la prendre entre ses mains. Hélène, tee-shirt noir avec brillants et cheveux blonds, fait son possible pour la soutenir. "Je pensais pas à mal" dit celle-ci à la barre, en pleurs, "des choses ont été faites devant des enfants et n'auraient pas dû, je n'aurais jamais pensé être là aujourd'hui."

Des extraits des vidéos diffusés au tribunal

Franck Lavier et son frère Laurent, de noir vêtus, portent le même jean. "J'aime bien me déguiser, mais je ne pensais pas à mal" déclare Laurent. Des mots repris par tous, qui assurent "ne jamais avoir voulu faire de mal aux enfants" et n'avoir eu "aucune pensée malsaine." Le tribunal a diffusé des extraits de vidéos tournées chez les Lavier. A Noël 2009, ils "s'amusent" en musique. Laurent, en caleçon et bonnet de père Noël, et Franck, torse nu, prennent des poses lascives autour de Jérôme, immobile et mal à l'aise. On entend des voix d'enfants. Sur d'autres images, Renaud Valance est en nuisette fuchsia. Pendant la projection, le rouge lui monte aux joues et il ne maîtrise plus ses jambes qu'il bouge nerveusement. "Si j'ai fait ça devant des enfants, je n'étais pas conscient" déclare celui qui était "sous l'euphorie de l'alcool". Plâtrier en recherche d'emploi, il vient d'avoir un enfant et assure s'être "calmé".

"La fête c'est forcément mimer des actes sexuels ?"

"On passe son temps à mimer des actes sexuels sous le regard des enfants. La fête c'est forcément mimer des actes sexuels ?" s'emporte la procureure Nathalie Bany après qu'une autre vidéo a montré plusieurs accusés s'adonner à leurs "délires" à côté des enfants. Mais l'avocat de Sandrine Lavier Philippe Lescene n'en démord pas : "Il n'y a pas de corruption de mineur, on est dans la morale, et la justice n'a pas à s'en occuper." Lors d'une première audience, le 7 juillet, les avocats de la défense avaient invoqué une QPC (question prioritaire de constitutionnalité), rejetée par la Cour de cassation. En début d'audience, son confrère Franck Berton, avocat de Franck Lavier, a à nouveau demandé la nullité des placements en garde à vue du couple en mars et en mai dernier, idem pour l'ensemble des procès-verbaux et perquisitions. 
Des perquisitions au cours desquelles ces vidéos avaient été saisies, après la fugue de deux enfants du couple, Louis et Catherine (1), qui n'en pouvaient plus des "punitions." Séparés de leurs parents à l'âge de 9 et 20 mois quand le couple avait été incarcéré dans l'affaire d'Outreau, leurs parents les avaient retrouvés alors qu'ils avaient déjà 10 et 11 ans. "Même avant qu'ils fuguent on n'en pouvait plus" admet Franck Lavier. Celui qui se présente comme "pas très émotif" ne parvient pas à recréer le lien. Leur mère non plus. Louis et Catherine sont régulièrement "punis." Ils disent devoir rester à genoux les mains sur la tête pendant "des heures" ou encore "à genoux sur un balai". La présidente montre des photos des blessures. Effroi dans la salle. "Quand j'ai vu ça, j'ai été choquée" confie Sandrine Lavier, qui "n'a jamais demandé cette punition. Pour la procureure, bouillonnante, il ne s'agit pas de "punitions", mais de "maltraitance." 

"Ils paient les pots cassés d'Outreau"

"Compte tenu de leur histoire et de leurs vies bousculées par la justice, une convocation aurait suffi" poursuit l'avocat de Sandrine Lavier, pour lequel le spectre d'Outreau n'est jamais loin : "Ils en paient complètement les pots cassés." Tapant du poing sur le pupitre, la procureure a voulu y couper court : "le parquet et le commissariat ne se sont pas réveillés un jour en se disant 'vengeons-nous, allons chercher des noises aux époux Lavier et leurs proches. On a agi comme dans n'importe quel dossier similaire."
Après Outreau, le couple Lavier avait refusé toute aide de la justice "c'en était trop." Franck Lavier affirme à présent que c'est sa "plus grosse erreur." "Ils admettent aujourd'hui qu'ils ont besoin d'aide" poursuit Me Lescene. Au cours de l'après-midi, l'avocate des enfants ne cachait pas sa déception : "On minimise, on ne se remet pas en cause." Avant de laisser place à l'espoir : "Il n'est jamais trop tard." Lors de sa plaidoirie, elle s'est tournée vers le couple : "Ils vous aiment et sont prêts à vous pardonner si vous leur permettez de le faire en le leur demandant." La décision a été mise en délibéré au 23 février.
(1) Les prénoms ont été modifiés
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