dimanche 22 janvier 2012

Mort de soldats français en Afghanistan : le meurtrier parle


Le soldat afghan responsable de la mort de quatre soldats français dit avoir été convaincu d'agir après avoir visionné la vidéo montrant des soldats américains urinant sur des cadavres de talibans.
Kaboul : militaires français portant les cercueils de quatre des leurs tués par un soldat afghan (22/01/2012)Kaboul : militaires français portant les cercueils de quatre des leurs tués par un soldat afghan (22/01/2012) © A.F.P. / J. Saget

Soldat afghan ou taliban infiltré : qui est vraiment l'homme qui a provoqué vendredi la mort de quatre militaires français et en a blessé quinze autres, dont huit grièvement ? L'homme a ouvert le feu sur un groupe de militaires français assurant la formation des troupes afghanes à Gwan, en profitant d'un moment où les instructeurs faisaient un jogging au sein d'une base, sans armes ni protections. Il a été arrêté après le drame. Agé de 21 ans, il se nomme Abdul Mansour. Il faisait partie de l'armée afghane, dont il portait l'uniforme. Depuis son arrestation, il a commencé à donner des détails sur les raisons qui l'ont poussé à attaquer ainsi les soldats français.
"C'était un vrai soldat, enregistré. Pendant ses premiers interrogatoires par des soldats français, il leur a dit qu'il avait fait cela à cause de la vidéo sur laquelle des soldats américains urinaient sur des cadavres", a indiqué une source sécuritaire. "Dans ces premières confessions, il a dit qu'il a été fortement motivé pour tuer les soldats quand il a vu la vidéo" en question, a déclaré une autre source, ajoutant que, selon ses dires, le tueur "n'avait aucun contact direct avec les talibans mais qu'il ne les haïssait pas non plus".
Un "acte individuel et isolé"
Samedi, Gérard Longuet avait affirmé que le tueur était "manifestement un taliban infiltré depuis longtemps", ce que lui aurait indiqué le général Nazar, le commandant de la 3e brigade de l'Armée nationale afghane (ANA), dont dépend le tueur. Le ministre français de la Défense avait alors évoqué un ancien soldat de l'armée afghane qui aurait déserté, avant de probablement passer ensuite au Pakistan, puis de s'engager à nouveau dans les rangs de l'ANA. Il était depuis environ deux mois dans l'unité de Gwan.
Interrogés à plusieurs reprises samedi, les insurgés, généralement prompts à reconnaître des pertes infligées aux troupes étrangères, ont pourtant nié être à l'origine de cette attaque. Par écrit, l'un de leurs porte-paroles, Zabiullah Mujahid, a au mieux reconnu que les insurgés "enquêtaient" sur ce sujet. Le président afghan Hamid Karzaï a également qualifié dimanche le meurtre des quatre militaires français d'"acte individuel et isolé", sans jamais employer le terme "taliban".
Jusqu'alors, aucune réaction violente n'avait eu lieu en Afghanistan après la médiatisation de la vidéo montrant quatre jeunes Marines vêtus d'un uniforme américain qui, hilares, se soulageaient sur trois corps ensanglantés, présentés comme ceux de talibans. Mais ce meurtre commis par un soldat afghan qui n'avait peut-être pas eu le moindre contact direct avec les talibans illustre un fait des plus inquiétants pour les forces internationales engagées en Afghanistan, et souligné dans un rapport confidentiel de l'Otan révélé vendredi par le New York Times. Ce rapport, intitulé Une crise de confiance et d'incompatibilité culturelle, évoquait notamment le climat de tension entre les militaires afghans et les troupes étrangères. "Les altercations mortelles sont loin d'être rares ou isolées, elles reflètent une menace homicide systémique qui croît rapidement", pouvait-on notamment y lire. Au total, 41 soldats de la coalition ont ainsi été tués par des soldats afghans.
le 22 janvier 2012 à 17:10
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