samedi 28 janvier 2012

La Hongrie sous Viktor Orban : l'Europe nous caricature


2012

Modifié le 27-01-2012 à 13h12
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LE PLUS. Depuis l'arrivée au pouvoir de Viktor Orban, plusieurs nouvelles lois ont modifié le visage de la Hongrie, laissant craindre une dérive autoritaire. Le pays fait désormais l'objet de trois procédures d'infraction au droit communautaire. Comment les Hongrois vivent-ils cette situation ? Nous avons recueillis deux témoignages, radicalement différents, d'habitants de Budapest.

Je ne reconnais pas la Hongrie telle qu'elle est représentée médiatiquement en ce moment en dehors de nos frontières. On parle de manifestations monstres, de tensions sociales, d'entraves à la démocratie, or je vis à Budapest et je constate que tout est calme, que la population n'est pas agitée.

Par contre, il existe d'énormes difficultés économiques, qui rendent la vie quotidienne pénible. Les prix ont augmenté, nous avons connu - et connaissons encore - plusieurs vagues de licenciements, et les restrictions budgétaires se font de plus en plus étouffantes. Les gens sont vraiment au bout du rouleau, mais pour ces raisons-ci, par pour des motifs politiques.

A Budapest, en 2011 (AFP PHOTO / ATTILA KISBENEDEK) 
A Budapest, en 2011 (AFP PHOTO/ATTILA KISBENEDEK)

Je déplore les manifestations d'opposants

Les difficultés économiques relèvent-elles de la responsabilité de Viktor Orban ou de celle des précédents gouvernements ? Et quelle est la part devant être attribuée aux éléments extérieurs, comme la crise mondiale ou les directives européennes ? C'est là toute la question. Personnellement, je ne sais pas à qui me fier. Je ne suis ni militante ni sympathisante d'un parti politique. Mais ce dont je suis sûre, c'est que la situation en Hongrie devrait être critiquée avec beaucoup plus de nuances, autant de l’extérieur que de l’intérieur. 

Je déplore les méthodes employées par ceux qui s'opposent à la nouvelle Constitution et au gouvernement. Manifester et brandir des pancartes, comme ils l'ont fait au début du mois de janvier devant l’Opéra de Budapest, n'est pas une bonne solution. Notre gouvernement a été démocratiquement élu avec une très large majorité ; à lui de faire ses preuves, ce que l’on attend instamment. S'il se comporte mal, nous ne revoterons pas pour lui aux prochaines élections. Mais en attendant, si certaines choses ne vont pas, il faut se mettre autour d'une table et en discuter, comme cela se fait en démocratie.

Il nous manque encore la culture du débat, celle de confronter des arguments opposés et d'admettre qu’une bonne solution peut être trouvée de différentes manières. A une époque pas si lointaine, ceux qui allaient à l’encontre de l’idéologie imposée se voyaient très vite écartés, ou pire, se retrouvaient fichés ou jetés en prison. La liberté d’expression retrouvée est une chose que l’on doit apprendre et c’est tout un art de la pratiquer. Dans ce domaine-là, nous avons encore beaucoup de progrès à faire.

Nous sommes un pays qui a dû complètement se réinventer après la chute du Mur de Berlin, nous avons réintégré notre place au sein de l’Europe et faisons désormais partie de l’Union européenne. Un bien long parcours bouclé à une allure de pas de course jamais connue par une démocratie occidentale. C'est une expérience de rattrapage historique à double construction, aussi bien interne qu’externe.

Aucun pays n'est exemplaire

Au lieu d'en prendre compte, l'Europe nous caricature, à l'instar des déclarations de Daniel Cohn-Bendit au Parlement européen le 18 janvier. Je pense que Bruxelles ou Strasbourg auraient dû s'intéresser bien plus tôt au cas de Viktor Orban et de sa politique.

Mais j'estime surtout que les problèmes internes doivent être réglés en interne. On peut donner l’image d’une famille qui se chamaille, cela peut effrayer vu de l'extérieur, mais il ne faut pas dramatiser. Ce n'est facile nulle part en ce moment en Europe, pourquoi nous jeter la pierre à nous en particulier ?

Chaque pays a ses problèmes et ses réflexes. Il faut bien avoir à l'esprit que la Hongrie est un ancien pays socialiste du bloc de l'Est, d'où une réaction aujourd'hui épidermique à toute idée d'ingérence ou de joug étranger. On ne peut pas interpréter les sentiments qui animent aujourd'hui les Hongrois sans comprendre et intégrer cela.

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