samedi 15 janvier 2011

A la Une: la fuite de Ben Ali

Ses vœux ont été exaucés sans doute beaucoup plus vite qu'elle ne l'imaginait, cette jeune Tunisienne au visage très déterminé. On la voit ce samedi matin en photo dans plusieurs journaux, notamment à la une de Libération et de l'Humanité. Au milieu d'un cortège de manifestants et avec un drapeau tunisien en arrière-plan, elle brandit une pancarte sur laquelle est écrit : « Ben Ali dégage ! ».
Il a donc fini par « dégager », « le général à la poigne de fer », comme l'appelle Le Parisien« l'autocrate austère » (version du Figaro).
« Le grotesque successeur de Bourguiba, d'après Laurent Joffrin dans Libération, le flic en chef de l'un des régimes les plus féroces de la région. Il n'était qu'un pleutre et quand le peuple insurgé lui a signifié son congé, il est parti la queue basse ».
« Vive la Tunisie libre ! » lance l'éditorialiste de Libé qui titre à sa une sur le mot « liberté » écrit en français et en arabe.
On ne trouvera personne pour pleurer sur le sort de Ben Ali, surtout pas l'Humanité qui se réjouit de voir « la Tunisie briser ses chaînes ». Toujours à son propos, la comparaison avec Nicolae Ceausescu revient sous la plume de plusieurs éditorialistes, comme celui du Journal de la Haute-Marne pour qui « sa chute fait penser immanquablement à celle de l'ancien dictateur roumain : un dictateur qui ne fait plus peur ».
L'Est républicain de son côté, affirme qu'« il n'échappera pas au jugement de l'Histoire, ni au jugement des hommes, ses compatriotes, ceux qui n'en pouvaient plus de son régime policier, gangrené par la corruption et marqué par les inégalités ».
Mort aux vaincus ! C'est la loi du genre, à ceci près tout de même que les années Ben Ali auront été celles du décollage économique de la Tunisie.
France Soir rappelle le satisfecit adressé par Dominique Strauss-Kahn, en visite sur place en 2008. « La Tunisie est l'exemple à suivre pour beaucoup de pays émergents », avait alors jugé le patron du FMI.
La Tunisie pays « Tigre de la croissance, la meilleure d'Afrique, rappelle Le Figaro, et modèle pour l'éducation des jeunes (...) Ingénieurs, avocats, professeurs, entrepreneurs, la Tunisie ne manque de rien, sauf de la liberté d'expression ». A lire dans le portrait que Le Figaro consacre à celui qui vient de trouver refuge en Arabie saoudite.
Le quotidien L'Alsace lui fait un parallèle audacieux avec la Chine, « elle aussi engagée dans une fuite en avant de la croissance, où le moindre faux pas pourrait être fatal au régime politique ».
La France épinglée
La presse rend hommage au peuple tunisien et épingle l'attitude officielle de la France, qui aurait attendu le tout dernier moment pour lâcher Ben Ali.
La République du Centre critique « le regard incroyablement neutre de la France », alors queLa République des Pyrénées relève que la révolution tunisienne se sera faite « sans la France, la France de l'Elysée, du Quai d'Orsay où la ministre des Affaires étrangères en exercice voulait apporter au régime Ben Ali le soutien de son savoir-faire sécuritaire »…
Quel avenir pour la Tunisie ? La presse du jour estime que rien n'est sûr mais que tout est possible dans la période qui s'ouvre. En résumé, et pour citer la une de France Soir, ce sera « la démocratie ou le chaos ».
Dans Le Figaro, Pierre Rousselin redoute une « transition politique délicate (...) Il va falloir selon lui, beaucoup de sang-froid pour rétablir le calme dans les rues et ramener le débat à la sphère politique dans un pays où l'opinion a été laminée ».
Pierre Rousselin conclut en rappelant la chute du shah d'Iran, un précédent qui « doit inciter à la plus grande prudence ». En 1979, cette chute avait en effet « ouvert la voie à la révolution islamiste de l'ayatollah Khomeiny ».
Effet domino ?
Reste ce constat que rappelle aussi l'éditorialiste du Figaro : «Zine el-Abidine Ben Ali est le premier dirigeant arabe contemporain contraint d'abandonner le pouvoir sous la pression de la rue ».
Y en aura-t-il d’autres ? D'autres pays connaïtront-ils le même scénario ? On peut le penser, à en croire les propos tenus au Parisien par Pascal Boniface. Il y a selon lui un risque de contagion au Maghreb. Pour ce spécialiste de géopolitique, tous les pays de la région « ont en commun un sentiment d'injustice, de blocage et d'usure du régime ».
Terminons d'ailleurs par le point de vue d'un autre quotidien. Lui n'est pas français mais algérien : le journal El Watan qui salue les événements que vit la Tunisie. Cela restera comme « un fait majeur, un bouleversement sans précédent dans l'histoire de ce pays et dans celle du monde arabe ».
Pour El Watan« la révolte populaire des Tunisiens constitue le nouveau phare du monde arabe (...) Un printemps comme en rêvent aussi des millions d'Algériens, sevrés eux aussi de liberté et de démocratie. Vivement l'effet domino ! » conclut El Watan.
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