mercredi 12 mai 2010

L'énergie solaire du Sahara se prépare à éclairer l'Europe

solaire grande puissance

Et si le soleil du Sahara alimentait l’Europe en électricité ? L’idée est en passe de se réaliser. Le Plan solaire méditerranéen, annoncé en décembre par l'Union européenne, va démarrer d'ici à la fin de l'année. Il ambitionne d'installer des milliers de miroirs paraboliques dans le désert du Sahara.

Le concept est plus que séduisant puisque comme l’explique le physicienGerhard Knies, inspirateur du projet TREC (Trans-Mediterranean Revewable Energy Cooperation) : "Les déserts chauds couvrent environ 36 millions de km2 sur les 149 millions de km2 de terres émergées de la planète. L'énergie solaire frappant chaque année 1 km2 de désert est en moyenne de 2,2 térawattheures (TWh), soit 80 millions de TWh par an. Cela représente une quantité d'énergie si considérable que 1 % de la surface des déserts suffirait pour produire l'électricité nécessaire à l'ensemble de l'humanité." Un projet ambitieux à étudier de près si l'on considère la demande mondiale croissante en énergie.

Le Sahara deviendrait dès lors le terrain d’une gigantesque centrale solaire à concentration (CSP) qui alimenterait tout le Maghreb et même l’Europe. Ceplan solaire méditerranéen apporterait à la fois de l’électricité et des ressources financières aux pays d'Afrique du Nord. De plus, cela permettrait de donner à l'Europe une source énergétique susceptible de l'aider à remplir son objectif de 20% d'électricité produite à partir d'énergies renouvelables d'ici à 2020, contre 8% aujourd'hui. Enfin, cette centrale pourrait couvrir 15% des besoins en électricité de l’Europe en 2050. Les centrales solaires thermiques utilisent des centaines de miroirs pour concentrer la lumière du soleil dans l'eau. Cela produit de la vapeur d'eau qui peut à son tour faire tourner les turbines. Et ce sont ces turbines qui génèrent l'électricité. Lescentrales solaires thermiques à concentration sont donc particulièrement adaptées pour des régions chaudes et sèches comme le désert du Sahara.

Selon l'Observatoire Méditerranéen de l'Energie (OME), si les politiques actuelles ne sont pas modifiées, la demande en énergie du bassin Méditerranéen devrait croître de 1,5% par an pour atteindre 1,4 million de tonnes d'équivalent pétrole (tep) en 2030 contre 990 millions de tep en 2005. 80% de cette énergie proviendrait du pétrole alors que le pic de production du bassin nord-africain (Algérie, Libye, Egypte) sera atteint en 2020.

Ce projet qui paraissait au départ quelque peu utopique, pourrait bien être amené à voir le jour car de très grosses entreprises allemandes se sont manifestées afin de devenir investisseurs dans la construction de cette gigantesque centrale solaire thermique. La Fondation Desertec, soutenue par une vingtaine d’entreprises allemandes (Deutsche Bank, RWE, Siemens et d'autres) souhaite créer dès le mois de juillet un consortium pour construire la fameuse centrale solaire en Afrique (à l’initiative du réassureur bavarois Munich Re, elles se réuniront le 13 juillet à Munich avec d’autres sociétés européennes et du bassin méditerranéen, ainsi que des observateurs de la Ligue arabe). Le projet Desertec semble donc se concrétiser.

Sahara

L’ambition allemande est d’installer, sur plusieurs milliers de km2 dans leSahara, d’immenses miroirs paraboliques produisant de la vapeur d’eau transformée en électricité par une turbine. Le projet engendre évidemment des dépenses très importantes puisqu’il faudrait non seulement construire lacentrale solaire à concentration mais aussi les réseaux permettant d’acheminer l’électricité en Europe. L’addition totale pourrait s’élever à 395 milliards d’euros, selon une étude réalisée par le German Aerospace center, dont 45 milliards pour les réseaux.

Même si cela représente un coût très élevé, il faut considérer le projet Desertec comme un investissement sur le long terme permettant au final de réaliser d’importantes économies. "Aujourd'hui, une centrale solaire thermique produit l'électricité à un coût situé entre 0,14 et 0,18 euro par kilowattheure (kWh). Si une capacité de 5 000 mégawatts (MW) était installée dans le monde, le prix pourrait se situer entre 0,08 et 0,12 euro par kWh, et pour 100 GW, entre 0,04 et 0,06 euro par kWh", précise Franz Trieb.

Les écologistes allemands ont salué le projet, tout comme Greenpeace. L’ONG a d’ailleurs affirmé que le projet Desertec rendra « superflues la construction de nouvelles centrales thermiques et la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires ». Par ailleurs, les émissions de CO2pourraient être réduites de 4,7 milliards de tonnes d’ici 2050, soit six fois la production annuelle de l’Allemagne. Un projet ambitieux mais qui vaut peut être la peine d’être réalisé, qu’en pensez-vous ?

Crédit Photo : eplea66 / Flick

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